L’angélus
de midi (volume 1)
Larcenet
les rêveurs
Le professeur Pedro-Joao
Himmelkopf, diplômé de l’école des sciences cognitives
de Tijuana, se propose ici d’analyser une pathologie courante mais trop
souvent ignorée par ses confrères : je veux bien sûr
parler de la crise de la quarantaine. Dans ce premier volume, au travers d’exemples
tirés de ses conversations avec un patient lambda (dessinateur, portant
une barbiche, ayant deux enfants et s’étant exilé à
la campagne il y a quelques années…), il décrit l’apparition
de cette maladie, ses symptômes et les possibles évolutions de
cette affliction. De sa prise de conscience de sa vie ratée (le quarantenaire
sent désormais qu’il ne jouera jamais aux côtés
de Ronaldinho), à son incapacité à supporter les gens
(notamment le préposé aux Pététés de son
village…) en passant par sa jalousie à l’encontre de ceux
qui pourraient être meilleurs que lui (comme un certain Bouzard, auteur
d’ “Autobiography of me too, two”) : le professeur
démontre ici tout le sérieux et l’exhaustivité
de ses recherches…
Vous l’avez compris, ce patient lambda n’est autre que Larcenet
lui-même. Notre homme se met en effet ici en scène pour tenter
de cerner ce nouveau mal qui le ronge : la crise de la quarantaine. Il
le fait à sa façon : décalée et délirante
à souhait. En forçant le trait (il est ici quasiment obèse,
se comporte comme un nazi avec ses enfants, et est carrément incapable
de relations sociales un tant soit peu normales) et en s’éloignant
très sensiblement du format bande dessinée puisque cet “Angélus
de midi” se présente en fait comme les notes d’une thèse
scientifique organisées en différents chapitres illustrés
par des dessins.
Le style volontairement pompeux et grandiloquent (à la façon
d’un Desproges) et le trait simple et vif en font un livre autobiographique
déguisé complètement délirant, caricatural à
dessein mais très souvent bien vu. Du Larcenet free-style comme on
le rencontre souvent dans les livres qu’il sort chez Les rêveurs,
structure qu’il a fondée pour pouvoir laisser libre court à
toutes ses envies créatrices.
De quoi sortir des sentiers battus de la bd…
[sullivan]