Exauce
nous
Bihel/Makyo
futuropolis
“Ah, au fait, vous
avez pas vu celle que j’cherche ?” Il fait rire tout le monde,
et notamment sa bande de copains qui se retrouve au café du théâtre,
à force de répéter cette question, Léonard, un
grand gamin de plus de 30 ans un peu simplet mais le cœur sur la main
que ce quartier du Mans a quasiment adopté. Il fait tellement partie
du paysage que ses comportements originaux et sa façon de parler singulière
ne dénotent plus. Jusqu’à ce que Frank, scénariste
en mal d’inspiration, décide de choisir Léo comme personnage
principal de son prochain film et découvre son histoire mystérieuse
et tragique…
Pour leur arrivée chez Futuropolis, Makyo et Bihel proposent ici un
récit qui commence par brouiller les pistes. Cette façon de
chronique sociale qu’un Davodeau ne renierait probablement pas semble
en effet brosser le portrait d’une bande de copains. Il y a là
Frank, beau gosse malheureux en amour et en panne d’inspiration ;
René, sexagénaire aigri que la déprime guette ;
Ernest, paisible luthier qui est subitement pris pour cible par des voyous ;
Karim le régisseur du théâtre, amoureux transi d’une
comédienne ou encore le postier ou Macha…Mais petit à
petit, on discerne un fil rouge : un personnage se dégage du récit :
Léonard. Car aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est
bien lui, le simple d’esprit que certains moquent, qui va venir en aide,
à sa façon, à tous les membres de cette petite troupe
grâce à son optimisme, à sa générosité
et…à son don.
Si “Exauce nous” plaît tant, c’est avant tout parce
que ce récit très bien construit (et qui s’y entend pour
surprendre…) sait mettre en exergue l’humanité (que ce
soit leurs faiblesses ou leurs qualités) de ses personnages. En s’intéressant
à ces gens simples, le scénariste de “Balade au bout du
monde” ou de “Le cœur en Islande” livre ici une ode
à la vie : celle qui est faite de difficultés, de maladies
mais aussi d’amitié, d’amour, de générosité
et de différence. Une vie, Makyo le rappelle, cependant fragile, que
l’imbécilité ou l’ignorance peuvent rapidement gâcher.
D’où cette charge finale contre l’intolérance et
la calomnie qui peuvent faire tant de mal.
A la lecture du synopsis, on pouvait craindre l’excès de bons
sentiments. Il n’en est rien tant “Exauce nous” sonne juste.
Un très beau récit.
[sullivan]