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Les invisibles
Harambat
futuropolis

1660. Le traité des Pyrénées a réformé le régiment de Créquy, mettant ainsi fin à l’engagement d’Audijos, qui revient donc heureux au pays, après plusieurs années passées au combat. Lui qui n’aspire désormais plus qu’à voir sa sœur grandir et à s’occuper des affaires familiales retrouve une Gascogne agitée et en proie aux troubles. Malgré ses promesses, le roi a demandé à l’intendant Pellot de mettre en place la gabelle, l’impôt sur le sel, dans la région. Les paysans, que la famine guette, et les nobles, qui se sentent trahis, ne tardent pas à solliciter Audijos pour qu’il prenne la tête des émeutiers afin d’obliger le souverain français à revenir sur sa décision.
“Les invisibles” est un drôle de roman graphique. Quand Jean Harambat commence à narrer l’histoire d’Audijos, sorte de Robin des bois du sud-ouest, on se prend rapidement au jeu de ce récit au charme désuet qui dépeint avec justesse le quotidien difficile de ce XVIIème siècle dans le royaume de France. Sa langue élégante et son trait instinctif et expressionniste rehaussé de lavis de gris y étant clairement pour quelque chose.
Mais cette œuvre, et c’est là sa grande qualité, ne se contente pas d’être le témoignage documenté d’un épisode méconnu de l’histoire de France, la rébellion contre la gabelle. Car une fois le premier chapitre terminé et les faits exposés, les évènements sont ensuite vus au travers des yeux d’Anne, la sœur d’Audijos, puis de ceux de Jeanne-Marie, sa femme. Apparaissent alors, graduellement, derrière l’Histoire avec un grand H, les trajectoires individuelles des protagonistes. Un envers du décor qui prend alors ses distances avec l’héroïsme et qui nous montre l’autre histoire d’Audijos : celle d’un homme incapable d’échapper à son destin, qui va au combat pour l’honneur de son nom, qui met sa vie en danger par respect pour sa mère et pour conquérir le cœur de sa future femme.
Une dimension tragique -un homme prisonnier des conventions et des codes de son époque- assez inattendue, qui donne tout son sel à ce récit aussi atypique qu’émouvant. Une très belle surprise.

[sullivan]

 

 


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