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Je ne verrai pas Okinawa
Aurita
les impressions nouvelles

Depuis 2004, Chenda se rend régulièrement au Japon pour retrouver son petit ami Frédéric. D’autre part, elle est mangaka et aime séjourner dans ce pays pour y trouver l’inspiration. Mais cette fois, l’arrivée à l’aéroport Narita de Tokyo lui réserve quelques surprises. Car depuis quelques temps déjà, le Japon a durci ses lois sur l’immigration. Après avoir donné ses empreintes digitales et s’être faite prendre en photo, la jeune femme va devoir passer tout un tas d’entretiens plus surprenants les uns que les autres, remplir des formulaires compliqués ou répondre à des questions plutôt déstabilisantes. Tout cela, non pas pour être naturalisée, mais pour obtenir un simple visa touristique de 3 mois ! Rajoutez-y une maîtrise plus qu’approximative de la langue, des fonctionnaires zélés peu sympathiques et un début de gastro et vous aurez une petite idée de ce que Chenda a vécu ce jour-là…
Mais l’avantage, quand on est auteur de bd, c’est que l’on peut tirer une histoire de ce genre de mésaventures. Il faut pourtant avouer que l’on n’est, de prime abord, que mollement passionné par cet énième récit d’autofiction : l’intrigue est mince, l’humour d’Aurita ne fait pas toujours mouche et le dessin (un trait simple et spontané relevé ici et là de lavis de gris) pas particulièrement excitant.
Pourtant, à mesure que Chenda s’enfonce dans les méandres bureaucratiques absurdes de ce Japon recroquevillé sur lui-même, “Je ne verrai pas Okinawa” gagne en émotion et prend de l’ampleur. Graduellement, derrière ces manières humiliantes et ces questions violant l’intimité de l’héroïne, apparaît, en filigrane, le monde post 11 septembre dans lequel on vit désormais. Car le Japon ne fait que suivre un mouvement initié depuis longtemps par les Usa et copié par nombre de pays comme la Grande-Bretagne, l’Australie ou la France (Brice Hortefeux vient encore récemment de se féliciter de l’augmentation du nombre d’expulsés…). Des états, à mi-chemin entre absurdité kafkaïenne et “Big brother” d’Orwell (Chenda lit d’ailleurs “1984” dans l’avion, une prémonition) qui se replient de plus en plus sur eux-mêmes et qui sont prêts à nier les principaux droits et libertés individuelles pour arriver à leurs fins.
Sous son apparente légèreté, “Je ne verrai pas Okinawa” devient alors une salutaire mise en garde contre ces dérives protectionnistes et liberticides.

[sullivan]

 

 


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