Le
paradis…en quelque sorte
Troub’s
futuropolis
Troub’s est devenu,
peu à peu, un spécialiste du récit de voyage. Après
des livres relatant ses périples en Chine, en Australie ou à
Madagascar, il a cette fois posé ses valises en Indonésie, à
Bornéo pour être tout à fait précis.
Au départ, il y a cette proposition d’enseigner le dessin à
des enfants dans un camp de français travaillant pour Total en Indonésie.
Pendant 3 semaines, Troub’s partage donc la vie de ces expatriés
à Balikpapan, entre son hôtel de luxe et le petit village reconstitué
à l’occidental, gardé par des agents de sécurité,
bien à l’écart de la population locale. Une période
sur laquelle l’auteur passe vite (il n’oublie néanmoins
pas d’égratigner au passage l’attitude méprisante
sans même s’en rendre compte de certains de ces “expats”)
car ce qui l’intéresse , c’est la suite : les
7 semaines de visa qui lui resteront pour visiter l’île à
sa guise. La rencontre avec Philippe, géologue chez Total, et Sylvia,
sa femme originaire de la région qu’il rencontra 15 ans auparavant,
va décider de la suite des évènements. S’il en
a envie, Sophia propose à Troub’s de remonter le fleuve Mahakam
jusqu’à Long Bagun où sa famille peut l’héberger
et l’aider à explorer une Indonésie encore sauvage.
C’est cette aventure que l’auteur raconte avec ce carnet de voyage
dense (plus de 200 pages) accompagné d’illustrations, croquis
rapides, portraits ou petits strips réalisés le plus souvent
au pinceau et parfois relevés de lavis. Une aventure qui le verra remonter
le fleuve encore et encore pour tenter de laisser toute trace de civilisation
occidentale derrière lui. Il y parviendra en partie, s’immergeant
dans une nature magnifique, sauvage et dangereuse à Long Apari. En
partie seulement car le calme des journées passées le long du
fleuve est, dés la nuit tombée, interrompu par…la télé,
devant laquelle quasiment tout le village (il n’y a que 2 postes dans
le hameau) se réunit !
Une expérience que Troub’s relate dans ce récit vraiment
savoureux (l’auteur le truffe d’anecdotes drôles ou étonnantes
pour le rendre vivant) et passionnant. Car si Troub’s se garde bien
de jouer aux ethnologues, “Le paradis…en quelque sorte”
n’en reste pas moins un témoignage (empreint d’un bel humanisme)
de première main inestimable sur les coutumes, le mode de vie et la
société Dayak. De quoi donner des fourmis dans les jambes…
[sullivan]