Le
bar du vieux français
Stassen/Lapière
aire libre
Célestin vit avec
sa petite sœur dans un village du Mali. Orphelin, il a été
recueilli par son petit Père. Un jour, il assiste par hasard à
une cérémonie de scarification avec Kudi. Effrayé par
cette vision de douleur, il décide de s’enfuir par le désert
pour rejoindre la ville. Leila, elle, vit en Belgique avec ses parents immigrés
qui ont quitté le Maroc pour aller vers d’autres horizons. A
14 ans, elle vit mal la promiscuité avec ses sœurs, la surveillance
de son frère et l’éducation stricte de son père.
Un jour, elle décide de partir pour trouver la liberté. Célestin,
Leila ou 2 vies compliquées que le destin va faire se croiser. Momentanément.
Intensément. Avant, de nouveau, de les séparer…
15 ans. Je ne pensais pas que cela faisait aussi longtemps que j’avais
lu les deux tomes du “Bar du vieux français”. Pourtant,
ce récit n’a quasiment pas pris une ride et le plaisir de la
lecture est intacte. Evidemment, avec le recul, certains aspects du scénario
peuvent paraître un peu naïf mais c’est trois fois rien en
comparaison du pouvoir d’évocation de ce diptyque tellement riche.
Bien sûr, il nous parle surtout de la soif de vivre et du désir
d’aventure de Leila et Célestin au travers de leur histoire d’amour
incroyablement romanesque et improbable. Mais l’acuité avec laquelle
les nombreux personnages secondaires gravitant autour de ce couple sont campés,
nous donne aussi à voir les différentes facettes que la vie,
multiple et variée, peut présenter de nos jours : qu’elle
soit synonyme de déracinement pour la famille immigrée de Leila,
de désir d’évangélisation pour le prêtre
irlandais, de recherche d’aventure pour les touristes européens
en Afrique ou de vie opulente mais solitaire pour Abdelaziz.
Rempli d’humanité, “Le bar du vieux français”
parvient, de plus, à capter une certaine réalité, belle
et juste, de l’Afrique, étonnant mélange de mélancolie
et de joie de vivre. Et plus techniquement, cette belle intégrale (qui
propose un joli prolongement au récit avec des textes et dessins inédits
des auteurs) nous permet de retrouver la narration originale de Lapière
(c’est le gérant d’un bar perdu dans le désert,
le vieux français, souvent imbibé et radoteur, qui nous conte
cette histoire), le trait élégant si particulier de Stassen
ainsi que son superbe travail sur les couleurs. D’autant que ce dernier
se fait plutôt rare ces derniers temps, ses nouveaux projets étant
régulièrement annoncés puis repoussés.
[sullivan]