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Je mourrai pas gibier
Alfred
delcourt

Dés le début on sait comment toute cette histoire va se terminer : mal, très mal même ! En effet, “Je mourrai pas gibier” s’ouvre sur des gros plans de pelle ensanglantée, de douilles de cartouches pour sanglier et par le sinistre bilan énuméré par le docteur du village, hagard : 5 morts et 2 blessés graves. Car ce qui intéresse Alfred dans ce fait divers, ce n’est pas sa conclusion, mais bel et bien les évènements qui ont abouti à ce carnage. Non pour les justifier mais pour comprendre. La suite est donc un long flash back dans lequel un adolescent raconte : la vie immuable et sclérosée d’une petite ville de campagne où l’on fait soit partie du clan des scieurs (la scierie Distrac est l’une des 2 entreprises de Mortagne) soit de celui des vignerons (le Château Clément est la seconde). On fait la fête, on se marie entre membres du clan et on se “fritte” avec ceux du clan adverse quand l’occasion (le 14 Juillet, la fête de la ville…) se présente. A Mortagne, pour se divertir, on se bastonne, donc, on picole, aussi, et on chasse. Ah et on frape le simplet du village, ou on lui crache dans le dos.
Normal alors, vous me direz, que notre narrateur ait choisi de faire un Cap mécanique à 50 km de là pour fuir toute cette bêtise. Normal que cet adolescent soit en rupture avec sa famille et qu’il rejette la beauferie environnante. Et l’on se dit d’ailleurs, en l’écoutant, que l’on aurait fait la même chose. Oui, sauf que notre garçon vient de tuer 5 personnes, parmi lesquels son frère et sa sœur ! Et ça, forcément, ça bouscule nos certitudes, ça remet en cause nos beaux principes. Et c’est bien sûr exactement là où Alfred voulait en venir avec ce récit coup de poing très malicieux. Car, après tout, sommes-nous vraiment différents de ce garçon ? Est-ce seulement le passage à l’acte qui nous sépare ?
Graphiquement, l’auteur a clairement cherché à simplifier son dessin (un trait très basique, au stylo Bic) pour laisser parler la force de ce récit terrible, superbement adapté du roman de Guéraud. On dit souvent après la lecture d’une œuvre marquante que “l’on n’en sort pas indemne”. Cette expression est peut-être galvaudée tant elle a souvent été utilisée mais sincèrement c’est vraiment ce que l’on ressent une fois la dernière page de “Je mourrai pas gibier” tournée. Une habitude pour Alfred, après “Pourquoi j’ai tué Pierre”, autre récit choc sorti dans la même collection Mirages.

[sullivan]

 

 


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