Ces
leurres et autres nourritures
Boïra
frmk/le signe noir
Paz Boïra nous avait
hypnotisés et enchantés avec “Encore un exemple où
la vie est comme ça”, étrange rencontre entre un homme
et une femme dans une rame de métro. Si pour ces “Leurres et
autres nourritures” elle a délaissé la mine de graphite
pour l’aquarelle, son désir de narration poétique reste
intact. L’auteure espagnole s’est en effet une nouvelle fois employée
à jouer avec l’image, en associant des dessins opposés
en apparence, en faisant intervenir des symboles (l’eau, la naissance,
la maternité…) et des mythes bibliques (le déluge, la
visitation) au beau milieu d’actions prosaïques : une femme
qui fait son repassage ou une conférence dans un amphithéâtre.
En laissant bien sûr le soin au lecteur de pénétrer ce
langage, de laisser parler ses sensations face à ces monochromes rouge,
vert et bleu, de se laisser guider par son imaginaire/inconscient pour créer
sa propre histoire.
Mais l’auteure ne rencontre malheureusement pas ici la même réussite,
Paz Boïra ne s’étant pas assuré de laisser assez
d’indices, assez de balises pour suffisamment guider le lecteur. A trop
vouloir laisser l’image parler d’elle-même (il n’y
a pas de textes), l’espagnole prend le risque (et il est en fait inhérent
au genre, l’expérimentation poétique, qui peut cependant
accoucher de véritables merveilles -et le Frémok en a d’ailleurs
sorti quelques unes) de voir le lecteur rester prématurément
au bord du chemin et abandonner le voyage avant son terme. Dommage car l’objet
(couverture en simili cuir, dorure à chaud, format à l’italienne)
et le travail graphique sont superbes.
[sullivan]