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Jolies ténèbres
Kerascoët/Vehlman
dupuis

Une petite fille est allongée dans un bois, son cartable à ses côtés. Elle ne dort pas. Elle est morte. Autour d’elle, de petites créatures merveilleuses s’agitent, ici ou là, de façon désordonnée, pour trouver un abris ou de quoi manger. Témoin de cette panique ambiante, Aurore, à l’allure de fillette, décide de prendre les choses en main et d’aider la petite communauté à s’organiser.
Le drôle de récit que voilà ! Si les personnages, des sortes de petits elfes, et le dessin, simple et naïf, donnent la sensation que l’on est dans un conte de fées, tout le reste vient rapidement démentir cette première impression. Tout le reste, c’est d’abord les décors : ce petit monde a élu domicile autour (voire à l’intérieur même) du cadavre de la petite fille dont l’approche naturaliste des auteurs ne nous fait rien manquer des différents stades de décomposition (les vers, les mouches puis le pourrissement complet…). Et il y a aussi ces petits personnages, à l‘apparence rigolote et bienveillante, qui se révèlent petit à petit être aussi odieux que méchants et barbares. On n’hésite pas à manger plus petit que soi parce qu’on a faim, à enterrer un congénère vivant parce qu’il n’est pas comme les autres, à mutiler de petits insectes pour passer le temps et j’en passe…Cette société qui prend progressivement forme sous nos yeux n’est qu’égoïsme, vanité et trahison. A l’image de la nôtre ? Même la nature environnante n’est pas plus reluisante.
Si “Jolies ténèbres” est un conte, alors c’est un conte noir, désabusé et morbide, qui propose une lecture étrange, à rebrousse poils et dont la radicalité tranche avec la production habituelle. Une curiosité. Vraiment !

[sullivan]

 

 


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