Medz
Yeghern
Cossi
dargaud
1915. Par le jeu des
alliances, La Turquie se retrouve en guerre aux côtés de l’Allemagne
et de l’Autriche après l’assassinat de l’archiduc
François-Ferdinand par un étudiant serbe à Sarajevo.
Profitant du chaos ambiant, les 3 dictateurs à la tête du gouvernement
turc décident d’enclencher leur plan d’élimination
de tous les arméniens résidant en Turquie. Un plan méthodique
comprenant trois phases : d’abord le “nettoyage” de
l’armée et de l’administration puis la déportation
et l’élimination des notables locaux, des membres des partis
arméniens et de tous les hommes en âge de combattre et enfin
le reste de la population, qui est envoyé dans des camps dans le désert
de Syrie. Au terme du massacre, on dénombrera 1.5 million de morts…
C’est l’une des premières fois que la bande dessinée
aborde le Grand Mal, “Medz Yeghern”, nom donné par les
arméniens au génocide dont leur peuple fut victime. Au travers
des destins de quelques hommes et femmes (Wegner, un soldat allemand, qui
prit des risques pour sa carrière et même sa vie en prenant des
photos des victimes du génocide pour pouvoir en témoigner ensuite ;
Aram, qui fut sauvé par un Juste turc et qui s’engagea par la
suite dans la résistance arménienne ; Sona qui fut déportée
dans le désert après le meurtre de son père et le viol
de sa sœur), Cossi rend compte avec force (si son trait, simple et rond,
se veut avant tout lisible, l’auteur ponctue le récit de quelques
peintures sublimes et poignantes) et réalisme de la férocité
et de la barbarie turques (tortures et viols furent légion) ainsi que
de la souffrance extrême (les corps se déforment parfois dans
les cases sous son effet) et de l’horreur endurées par le peuple
arménien.
Délivrée par une voix off, la narration se laisse parfois aller,
c’est vrai, à trop de lyrisme et quelques répliques manquent
vraiment de naturel mais “Medz Yeghern” reste, malgré ces
défauts, une évocation salutaire et souvent émouvante
de ce génocide, parfois oublié par les livres d’histoire,
que le gouvernement turc actuel n’a toujours pas reconnu.
[sullivan]