Le
petit homme
Brown
delcourt
“Le petit homme”
est un recueil (le seul de l’auteur d’ailleurs) de 27 histoires
courtes de Chester Brown couvrant une période de 15 ans, de ses débuts
de dessinateur en 1980 jusqu’à 1995 (date à laquelle il
a arrêté de travailler sur ce genre de format). Comme souvent
avec les compilations, l’ensemble s’avère assez inégal
(l’auteur avoue même détester quelques unes des histoires)
d’autant que Brown a décidé d’y inclure tous les
strips courts qu’il a dessinés depuis ses 19 ans, sans censure
rétrospective aucune !
Les récits sont donc, bien sûr, très hétérogènes.
Cela va de la critique un brin naïve de la télévision dans
“Bob Crosby et sa télévision électrique”
au philosophico-mystique “Le jumeau” en passant par le délirant
“Le petit homme”. Mais l’important ici, comme le fait remarquer
un critique cité dans le strip de 4ème de couverture, est que
l’ensemble du recueil raconte en fait une autre histoire : celle
de l’évolution artistique de Brown et de son arrivée à
maturité. Nous sommes ainsi les témoins de ses recherches graphiques,
de ses différentes expériences narratives et on le voit prendre
ses distances avec l’humour souvent absurde des débuts pour aller
vers l’autobiographie (surtout à partir du moment où il
découvre le travail de Joe Matt ou de Julie Doucet) qui allait ensuite
le rendre célèbre (même si mon œuvre préférée
de Brown, “Louis Riel”, n’a rien à voir avec l’autobio
puisqu’elle conte l’histoire du célèbre insurgé
francophone dans le Canada de la fin XIXème).
Et ce que l’on aime aussi chez Chester Brown ce sont ses notes en fin
de livres, bavardages nombreux et variés dans lesquels il se raconte
et livre des anecdotes passionnantes : sur son travail (on apprend par
exemple qu’il dessine chaque vignette séparément pour
les assembler à sa guise ensuite), ses strips (en cadeau, il nous offre
ici son premier strip publié, le 14 Février 1973, alors qu’il
n’avait que 12 ans, dans le Saint Lawrence Sun, un hebdo gratuit du
coin, qui lui rapporta la bagatelle de 7,5 dollars !) ou sur lui-même
(sans aller aussi loin que Joe Matt, Brown se met en scène avec beaucoup
de sincérité). Des notes qui se révèlent être
une mine d’or pour ses fans et qui composent avec les strips une autobiographie
originale et inattendue.
[sullivan]