Noir
Baru
casterman
Ce livre rassemble en
fait 3 histoires devenues difficilement trouvables : “Bonne année
2016” a initialement paru dans un ouvrage collectif des éditions
Autrement sous le titre “Bonne année” ; “Bonne
année 2047” a paru chez Casterman en 95 et était épuisé
et “Ballade irlandaise” est resté inédit jusqu’en
2004 (c’était une commande pour un magazine dirigé par
Bayard qui n’a jamais vu le jour) et son apparition dans le numéro
1 de “Black”, revue de Coconino press et Vertige graphique. Comme
son nom l’indique, qu’il parle du passé ou de l’avenir,
que son action se déroule en France ou en Irlande, la tonalité
de ce recueil est sombre -à l’image du monde qu’il décrit-
mais non dénuée d’espoir et d’humour.
Dans “Bonne année 2047” (qui reprend en fait le contexte
d’anticipation du plus court “Bonne année 2016”,
qui joue ici le rôle de sympathique mise en bouche), Baru raconte les
aventures de jeunes de cités en quête de préservatifs,
devenus une denrée rare et donc très chère dans les banlieues
depuis qu’elles sont coupées du reste du pays par des murs qui
les encerclent et surveillées par des militaires du haut de miradors
pour empêcher ses habitants (“voyous, crapules, racaille apatride”,
comme les appelle le président de la république, un certain
Sarkozy, qui a vu ses désirs sécuritaires et xénophobes
exaucés) de se rendre dans les centres ville. Un récit, le plus
abouti des 3, prémonitoire (il a été écrit en
97, bien avant que les cités n’explosent) où le burlesque
se mêle à une critique acerbe des politiques menées dans
les banlieues, notamment par l’UMP.
“Ballade irlandaise” (qui date de 96) est, quant à lui,
une variation shakespearienne utopiste avec un Roméo protestant et
une Juliette catholique dans une Irlande du nord encore empêtrée
dans la guerre civile. Violent, un brin naïf, mais résolument
optimiste.
L’occasion en tout cas de retrouver le dessin (ici en noir et blanc)
si personnel de Baru (peu d’auteurs, finalement, sont rapidement reconnaissables
à leur trait, notre homme en fait partie) et cet engagement (quand
on parle d’auteurs engagés, on cite souvent Davodeau ou Squarzoni,
mais on a tendance à oublier Baru), social et politique, qui nous plaît
bien.
[sullivan]