L’impertinence
d’un été (première partie)
Pellejero/Lapière
aire libre
Août 1923. Le vent
de révolution qui souffle sur le Mexique attire les artistes des 4
coins du monde. Ils rejoignent Diego Rivera (qui épousa Frida Kahlo
un peu plus tard), dont les fresques murales s’affichent déjà
partout dans le pays, Xavier Guerrero ou José Clemente Orozco. Parmi
eux se trouvent l’actrice Tina Modotti, qui vient de quitter Hollywood
et le photographe américain Edward Weston qui a plaqué femme
et enfants pour la rejoindre à Mexico. Avides de liberté, ils
veulent se mêler aux forces vives du pays qui veulent créer un
monde nouveau. Et l’art va bien sûr y contribuer, ils en sont
persuadés.
Pour raconter l’histoire vraie de cette parenthèse enchantée,
Pellejero et Lapière ont inventé un personnage fictif, Théo
Genet, peintre français homosexuel. Nous sommes en 1942 et leur narrateur
vient de se recueillir à l’endroit où Tina Modotti a été
retrouvée morte la veille. Mélancolique, il invite son chauffeur
de taxi à boire un verre et commence à lui décrire cette
époque joyeuse et optimiste où l’on espérait contribuer
à l’avènement d’un monde meilleur. Il se souvient
alors de leurs idéaux politiques, des discussions touchant à
l’art, à l’amour ou au sexe et brosse, en filigrane, le
portrait de figures devenues ensuite légendaires. Des figures entraînées
dans le tumulte, l’excitation, la passion d’une période
où tout semblait possible. Comme la peinture militante. Comme la “rénovation
nationale”. Comme l’histoire d’amour libre de Tina et Ed.
Pourtant, la jalousie et les premières déceptions idéologiques
qui font leur apparition à la fin de cette première partie annoncent
des lendemains qui déchantent.
Cette évocation (qui a quelques points communs avec “Frida”,
film réalisé par Julie Taymor, avec Salma Hayek), plaisante,
n’a pas encore le souffle d’ “Un peu de fumée bleue”
ou de “Le tour de valse” (2 œuvres du même duo) mais
elle peut compter sur le magnifique dessin (ah ce travail sur les couleurs…)
de Pellejero pour nous faire patienter.
[sullivan]