Fabrica
Presl
atrabile
Un ouvrier. Il travaille
pour une fabrique de munitions dans un pays où les libertés
sont réduites à la portion congrue et où des hommes en
uniforme font régner l’ordre par la terreur. Leurs cibles privilégiées ?
Les livres, qu’ils brûlent sur les places des villes en de gigantesques
autodafés. Les instruments de musique, qu’ils brisent et détruisent
méthodiquement. Et les personnes qui ont 6 doigts au lieu de 5 à
chaque main, qu’ils arrêtent et envoient on ne sait où.
Un jour, notre homme tombe sur un enfant qui a la milice aux trousses à
cause de cette curiosité anatomique. Il décide de l’emmener
avec lui et de le cacher…
Nicolas Presl, on ne peut le confondre avec aucun autre auteur ! En 3
œuvres, il est en effet parvenu à créer un univers incroyablement
personnel. Il y a tout d’abord cette empreinte graphique très
singulière et brute : un dessin en noir et blanc expressionniste,
avec des visages souvent déformés et des libertés prises
avec les proportions anatomiques (les mains et les bras sont souvent mis en
avant), qui fait parfois penser à l’excellent Vincent Vanoli
(notamment dans la façon particulière de représenter
les nez). Mais aussi cette narration muette, qui, du coup, doit souvent opter
pour un découpage relativement lent ou se rapprocher parfois du mime
pour s’assurer clarté et compréhension. Enfin, on retrouve
ici quelques uns des thèmes qui semblent obséder l’auteur :
la difformité physique, le rejet de la différence ou le pouvoir
de l’art et de l’imaginaire (abordés ici sur fond de violence
étatique, de privations de libertés et d’ostracisme envers
une catégorie de la population qui rappellent bien entendu les heures
sombres du national socialisme ou des dictatures communistes) traités
avec l’habituelle touche de poésie que l’on connaît
à Nicolas Presl.
Une œuvre une nouvelle fois forte qui permet, au passage, à Atrabile
de démontrer que le conformisme qui guette actuellement la bande dessinée
n’est pas une fatalité !
[sullivan]