Crevaisons.
Une aventure rocambolesque du soldat inconnu
Larcenet/Casanave
dargaud
Ebenezer Raidart ( !)
est surveillant dans une résidence “post-mortem”, un cimetière
quoi…Cela fait des années qu’il n’a pas été
ravitaillé. N’ayant pas de nouvelles de sa hiérarchie,
il se décide à aller acheter des vivres lui-même. Mais
arrivé au portail d’entrée (après quelques heures
de marche…), il se rend compte qu’il y a des tombes à perte
de vue. Certainement les nombreuses guerres mondiales des dernières
décennies… Dépité, il revient à son logement
de fonction et se passe un disque des Sex Pistols sur son gramophone. C’est
le moment que choisit un soldat pour débouler ! Après immobilisation
et vérification, il s’agit du lieutenant Degroin-Embrenne, autrement
connu sous le petit nom de “Soldat inconnu”, tout droit sorti
de sa nouvelle tombe…
Après Attila, Robin des bois ou encore Van Gogh, Larcenet s’attaque
cette fois à un symbole national en la personne du soldat inconnu.
Et le scénariste (rappelons que depuis 2 tomes Casanave a repris le
dessin, dans un registre très proche de celui de Larcenet d’ailleurs)
a une nouvelle fois concocté un récit loufoque à souhait
avec un futur où les paysages ne sont que collines jonchées
de stèles funéraires, où un mort célèbre
revient parmi les vivants et où un factotum de cimetière écoute
du punk-rock (Bad Religion, No fx ou The Damned) à fond les manettes.
Pourtant, si la forme est comme d’habitude délirante, le ton
est différent : l’humour est cette fois noir. Très
noir. Car ici les penchants guerriers de l’homme ont fini par semer,
partout, mort et désolation. Et notre surveillant, seul être
vivant du récit, est cerné par les tombes et un héros-zombie.
Un soldat qui passe pour le symbole d’une nation alors qu’il a
peut-être (c’est vrai que ses “faits d’armes”
sont, comme lui, inconnus, après tout) commis des atrocités
pendant la guerre…
La comédie, antimilitariste et un brin misanthrope, prend cette fois
des accents tragiques et propose un message complètement en phase avec
sa bande son : no future !
[sullivan]