La
voix des hommes qui se mirent
Vassant/Lahrer
futuropolis
Vassant et Lahrer remettent
le couvert avec, cette fois, un livre de nouvelles qui donne la parole aux
hommes. Des hommes qui parlent souvent...des femmes. Ils en parlent avec humour,
émotion, dépit, sensibilité ou machisme. Chacun y va
donc de son témoignage : bavard, présomptueux, médisant,
gêné ou obsessionnel.
Il y a par exemple Manuel, 37 ans, le “Poulidor du sexe”, qui
n’en peut plus de ne jamais arriver en première position ;
Armand, chimiste de 54 ans, dont l’amour des seins l’a poussé
à créer un nouveau parfum de glace : goût mamelon
ou Norbert, 41 ans, qui raconte un rendez-vous “balançoire”
avec une jeune fille qu’il voulait charmer. Mais qu’ils parlent
séduction, sexualité, romantisme, chimie de l’amour ou
masturbation, ce que l’on lit dans leur regard, c’est bien l’amour
des femmes !
Un amour bien entendu partagé par le scénariste, Gilles Lahrer,
qui livre ici un travail de grande qualité. Ses textes élégants
et inventifs (“tu es magnifique, guimauvai-je”), au style parfois
volontairement précieux, façon Desproges, font mouche quasiment
à tous les coups, avec en point d’orgue, quelques saillies mémorables
(“ça commence à me courir d’être monocouple”,
“on vient de passer en mode Eric Rohmer”). Et ses mises en scène
imaginatives (les protagonistes apostrophent parfois les auteurs ; dans
une même case la réalité des personnages peut se mêler
à leurs fantasmes ou à leurs sentiments ; des débuts
de récit accrocheurs ou insolites que la suite se charge d’éclaircir
sous forme de flash back) permettent d’éviter l’écueil
-la monotonie, l’ennui- qui guette le récit-témoignage
et donnent, au contraire, l’allant, la vie qu’il faut à
la narration. Et comme le dessin de Vassant (un trait simple mais très
expressif qui délaisse les arrières plans pour se concentrer
sur les personnages) est à l’avenant, tout concourt à
faire de ces “hommes qui se mirent” une belle réussite.
Un recueil drôle et souvent juste qui donnera forcément envie
de lire son prédécesseur : “L’accablante apathie
des dimanches à rosbif” !
[sullivan]