Droit
du sol
Masson
casterman
C’est un petit
bateau à moteur sur lequel sont entassés hommes, femmes et enfants.
Des passagers qui ont confié leur vie à un passeur en échange
de beaucoup d’argent. Une crapule qui profite de la situation pour abuser
des jeunes femmes et qui n’hésite pas à balancer des bébés
par-dessus bord s’il y a le moindre risque de se faire repérer
par la police. Cette scène, véritable leitmotiv de “Droit
du sol”, on l’a tous en tête. On l’a parfois vue à
la télé, aux actualités, ou imaginée, quand cela
tourne mal et que les passagers se sont noyés entre la côté
marocaine et les îles espagnoles de Ceuta et Melilla. Une scène
tragique qui se répète régulièrement aux quatre
coins du globe mais aussi, et on l’oublie souvent, sur le territoire
français. Dans l’océan indien pour être plus précis.
Où des milliers de comoriens tentent chaque année de rejoindre
l’île toute proche de Mayotte, attirés par ses lueurs économiques
scintillantes (le Pib y est 9 fois supérieur que dans leur pays)…
“Droit du sol” a le grand intérêt de mettre un coup
de projecteur sur la situation, fort méconnue, de cette île française.
Et Masson livre ici son état des lieux au travers de différents
personnages, aussi bigarrés que ce petit territoire lointain. Il y
a bien sûr les clandestins, qui rêvent d’une vie meilleure
et essaient donc de trouver du travail ou mieux, un mari, pour ensuite obtenir
des papiers. Il y a les “métros français”, médecins
ou fonctionnaires de police proches de la retraite, attirés par cette
jeunesse exotique prête à tout pour ce rêve français.
Il y a ceux qui viennent dans un but humanitaire pour faire en sorte que les
“clandos” soient soignés ou qu’ils accouchent dignement.
Sans oublier la police, qui se la coulait douce avant, mais qui est très
occupée depuis l’arrivée de Sarkozy au ministère
de l’intérieur et son objectif de 40 expulsions par jour.
Le choix du récit choral (tout comme le dessin noir et blanc très
spontané), qui insuffle beaucoup de rythme et de vie au récit,
permet à Masson de capter toute l’attention du lecteur pour ensuite
pointer du doigt l’attitude méprisable de certains expatriés
français qui se comportent comme des colons modernes et livrer une
critique virulente de la politique de l’immigration de l’UMP et
de Sarkozy en particulier qui a rendu la situation locale explosive. Et dire
que depuis son arrivée à la présidence, la France a désormais
une secrétaire d’état chargée des droits de l’homme….Allez
dire ça aux comoriens qui risquent leur vie pour rejoindre la France et
se font ensuite insulter et expulser sans ménagement!
Un grand bravo en tout cas pour ce nouveau pavé (plus de 400 pages
qui se dévorent littéralement) salutaire jeté dans la
mare par Charles Masson. Un récidiviste, après sa dénonciation
sans concessions de la situation des SDF dans “Soupe froide”.
[sullivan]