Le
chant du pluvier
Laprun-Béhé/Surcouf
delcourt
A la mort de sa mère,
Guilhèm doit précipitamment quitter son laboratoire de recherches
au Groenland pour se rendre dans son Béarn natal pour les funérailles.
Arrivé en retard à cause des intempéries qui sévissent
en France, il comprend alors pourquoi il avait quitté la maison familiale :
ses relations avec son père et sa sœur sont toujours aussi tendues
et conflictuelles. Pourtant, avant de repartir, Guilhèm propose à
son père de venir quelque temps au Groenland avec lui, histoire d’essayer
de recoller les morceaux et, peut-être, d’apprendre à mieux
le connaître…
L’influence du duo Lambé/De Pierpont flotte indiscutablement
sur ce récit. Et sous ma plume, c’est vraiment un compliment.
Elle est perceptible dans la volonté de Laprun et Béhé
de prendre leur temps pour décrire, par petites touches, la relation
entre Bernat et Guilhèm (le récit s’étale sur 170
pages) mais aussi, bien sûr, au travers du superbe dessin de Surcouf
et de son très beau travail sur les couleurs autour de quelques tons :
bleu et blanc quand l’action se passe au Groenland et vert lumineux
et jaune moutarde/marron quand on revient dans le sud-ouest de la France.
Ainsi, “Le chant du pluvier” ausculte avec adresse et justesse
les rapports, compliqués, entre un père et son fils (beaucoup
de garçons se retrouveront d’ailleurs dans une scène ou
l’autre…), mais il est en même temps un très beau
récit de voyage. Car pour l’obliger à se découvrir
et à se remettre en question, Guilhèm a décidé
de faire venir son père sur son terrain, le pôle nord. Là,
complètement dépaysé, entouré de paysages somptueux :
fjords glacés, icebergs et baleines, Bernat devra trouver de nouvelles
marques, aller vers les autres, découvrir une civilisation, Inuit,
dont Guilhèm est tombé amoureux, et voir ainsi son fils sous
un autre angle.
Un très beau roman graphique comme la collection “Mirages”
sait souvent nous en offrir.
[sullivan]