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Sur la route de Selma
Tome/Berthet
aire libre

Clement Brown fait du stop sous la pluie pour revenir chez sa mère à Selma, Alabama. Une jeune femme le prend. Ils s’arrêtent un peu plus loin à un motel et y passent la nuit ensemble. Au petit matin, alors qu’elle dort encore, Clement vole l’argent de Tracy pour payer la caution de son frère, arrêté pour avoir vendu du crack, et sa voiture. Quelques kilomètres plus loin, il se rend compte qu’il a oublié son pendentif porte bonheur. De retour à la chambre, il découvre le corps de la belle sans vie, 2 balles dans le ventre…
Habituée des rééditions, Aire libre a cette fois décidé d’innover en ressortant “Sur la route de Selma” dans un format inédit pour la collection : celui, plus petit, du roman graphique. Choix avant tout commercial puisque le genre a le vent en poupe en ce moment. Mais quelque part un assez juste retour des choses puisqu’Aire libre a été l’une des premières collections à permettre à des auteurs de sortir des sentiers battus de la bd.
Retour en 1990, donc. Philippe Tome, alors scénariste de “Spirou et Fantasio”, revient d’un voyage en Afrique du Sud qui l’a marqué. Il ne peut oublier l’apartheid et la haine raciale dont il a été témoin et décide de traiter ce sujet en bd. Après discussion avec Berthet, ils décident de transposer l’histoire aux Etats-Unis. Dans le sud, bien sûr, où le racisme est encore très présent de nos jours et où les relations entre blancs et noirs, héritées de la ségrégation, sont encore particulièrement tendues. Cela débouchera sur “Sur la route de Selma”, un polar très noir, sans concessions, qui ne peut envisager de happy end ni même de rédemption (ou alors par la mort…).
Il faut bien sûr se souvenir que le livre est sorti il y a presque 20 ans mais c’est vrai qu’avec le recul l’ensemble paraît un tantinet classique avec ce dessin ligne claire des plus académique de Berthet et le récit maîtrisé mais très sage de Tome, qui aurait pu éviter ces quelques ficelles narratives faciles (l’orage annonciateur de catastrophe ; le pendentif oublié ; le chien, censé symbolisé sa mauvaise conscience, qui poursuit Clement…).
Malgré tout, “Sur la route de Selma” reste une bonne histoire, suffisamment crédible, qui touche sa cible : sa dénonciation de la bêtise raciste et de la stupidité dont l’humain est parfois capable est plutôt efficace !

[sullivan]

 

 


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