archives BD

Animal’z
Bilal
casterman

12 ans pour boucler les 4 tomes. Bilal avoue être sorti épuisé de la tétralogie du “Monstre”, de sa noirceur et de son désespoir en peinture. Alors il a eu besoin d’une ré (et re) création et a décidé pour cela de revenir aux techniques de base du dessin. Il a mis ses pinceaux de côté pour privilégier le crayon noir gras sur papier épais gris avec un peu de pastel et du blanc pour rehausser le tout. Mais si les matériaux utilisés sont différents, le talent est, lui, toujours là : la précision et l’élégance du trait, l’expressivité des visages, la force qui se dégage de ses mises en scène malgré une édition qui ne rend pas complètement justice à sa virtuosité (un papier Munken pur 130g semblait en effet ici s’imposer…).
Des crayons cette fois au service d’un one-shot de 100 pages que l’auteur voulait plus simple. Où il serait question de western et d’immensité aquatique…Difficile à concilier bien sûr. Sauf quand on s’appelle Bilal ! Il suffit d’y ajouter des yachts sur lesquels naviguent des humains en quête d’une sorte de paradis perdu ; des hommes qui nagent non pas parmi des dauphins mais dans des dauphins ; une jeune fille qui communique avec les baleines et un scientifique dont l’un des pieds est une nageoire et ça fonctionne !
Bilal a toujours excellé à créer un univers à partir de quelques éléments et surtout à y faire entrer le lecteur l’espace d’1 ou 2 heures. Il renouvelle ici l’exploit avec cette Terre post-apocalyptique complètement désorientée et dévastée par des catastrophes naturelles jamais vues jusque là, depuis que le coup de sang, c’est le nom du dérèglement climatique brutal qui s’est abattu sur notre planète, a eu lieu. Seuls quelques lieux très localisés, devenus des sortes d’Eldorados, semblent ne pas être touchés. On y trouve encore eau potable et nourriture en quantité suffisantes. Les survivants qui peuvent essaient de les rejoindre.
L’Homme a oublié, depuis le XXème siècle et la révolution industrielle, qu’il faisait partie intégrante de son environnement. “Animal’z” est une façon pour Bilal de lui rappeler et de le mettre en garde contre les dégâts qu’il engendre et les souffrances qu’il inflige à sa planète. Cette fable, plus poétique qu’à l’accoutumée mais tout aussi inventive, se charge, de plus, au travers des nombreux rapprochements qu’elle initie entre règne humain et règne animal, de lui montrer le chemin. Assez magistral !

[sullivan]

 

 


Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions à :
If you want to be reviewed here, send your promotionnal stuff to :
Mathieu Gelezeau - 51, rue Paul Vaillant Couturier - 92240 Malakoff - France /
email : positiverage(a)hotmail.com