Trompe
la mort
Clérisse
dargaud
Elle est plutôt
discrète cette collection “Long courrier” de Dargaud mais
sans faire de bruit, elle commence à s’affirmer et fait désormais
partie des collections qu’il faut surveiller. Car après “Où
vont nos pères” (de Shaun Tan) qui avait remporté le prix
essentiel au festival d’Angoulême 2008, elle propose avec “Trompe
la mort” une nouvelle œuvre qui va se faire remarquer.
Clérisse y campe un vieux monsieur, Marcel, papi parfois un peu à
côté de la plaque et grincheux, qui occupe sa vie avec les mêmes
rituels quotidiens : le jardin, le cimetière et la télé
le soir. Jusqu’à ce qu’un clairon repéré
sur l’étal d’une brocante ne réveille en lui les
souvenirs de sa vie de soldat de la seconde guerre mondiale…
Cette guerre a été tant de fois évoquée par les
artistes que pour s’y frotter de nouveau, il vaut mieux avoir des atouts
à faire valoir. Et là, ça tombe bien car Clérisse
en a quelques uns en stock. A commencer par ce dessin brillant, tout en rondeurs
et en tendresse, dont le côté suranné ne pouvait mieux
accompagner les réguliers retours dans le passé de la narration.
Car l’apparition du clairon, vous vous en doutez, va complètement
bousculer la vie pépère de Marcel. Notre attachant papi se met
en effet alors en tête de retrouver l’instrument qui l’a
accompagné en 1940 (il était le clairon de son régiment)
et qu’il avait dû enterrer, désespéré, au
pied d’un arbre sur ordre de son supérieur. Sa quête l’entraîne
ainsi dans des péripéties aussi fantaisistes que réjouissantes
qui se terminent par une pirouette poétique antimilitariste des plus
étonnante et jouissive ! Bravo !
[sullivan]