Quitter
la ville, volume 1
Su-bak
atrabile
Après l’univers
onirique et quelque peu déstabilisant du hong-kongais Chihoi (dans
“A l’horizon”), Atrabile poursuit son exploration de la
bande dessinée asiatique en inaugurant avec “Quitter la ville”
une collaboration avec l’éditeur sud-coréen Sai-comics,
récemment mis à l’honneur au festival d’Angoulême.
Dans le volume 1 de ce diptyque, Kim Su-bak se met en scène au travers
de Chamallow (surnom qu’on lui a donné au service militaire parce
qu’il était mou). Façon pour lui de faire le point à
un moment important de sa vie. Car malgré sa motivation et sa volonté,
le jeune dessinateur n’arrive pas à vivre de son art. Endetté
(il n’a pas payé son loyer depuis plus d’un an et vient
de se voir couper l’électricité et le gaz) et malgré
la quasi-humiliation que cela représente dans cette société
sud-coréenne à la hiérarchie sociale proche d’un
système de castes, il se voit contraint d’accepter un travail
de nogada, c’est-à-dire d’ouvrier journalier en bâtiment.
C’est cette expérience, qui dura quelques mois, qu’il livre
ici ainsi que les états d’âme, atermoiements, doutes et
réflexions sur la vie qu’elle stimula.
A la façon de l’autobio américaine (on sent que Tomine,
Matt ou Brown ont compté dans la démarche de l’auteur),
Kim Su-bak propose ici des anecdotes, sommes toutes assez banales, tirées
de ce quotidien, qui, compilées, finissent aussi par esquisser (on
aurait cependant aimé qu’il aille un peu plus loin, mais peut-être
est-ce le cas dans le second volume) le portrait d’une société
sud-coréenne encore très méconnue chez nous, où
l’importance de la réussite sociale peut s’avérer
incroyablement handicapante quand on ne désire pas forcément
se fondre dans le moule.
Un premier volume pas franchement révolutionnaire mais sincère
et plaisant, à l‘image du dessin noir et blanc de l’auteur
qui rappelle étrangement le Frederik Peeters (qui a commencé
à publier, faut-il le rappeler ?, chez le même éditeur)
des débuts.
[sullivan]