Jeronimus
(deuxième partie)
Dabitch/Pendanx
futuropolis
Ce qui intéresse
Dabitch et Pendanx au plus haut point, c’est de comprendre les êtres
humains. Ceux qui les entourent et d’autres aussi. Ainsi, après
avoir tenté de percer le mystère Abdallahi (un homme qui a appris
l’arabe et s’est converti à l’Islam pour pouvoir
être le premier blanc à entrer, au péril de sa vie, dans
Tombouctou) dans le diptyque du même nom, c’est l’énigme
Jeronimus qui concentre désormais toute leur attention. Dans cette
chronique (en trois parties) d’une tragédie annoncée,
notre duo tente de comprendre ce qui a pu conduire un père de famille
tout à fait normal à faire ce qu’il a fait. Son crime ?
Il faudra attendre la troisième partie pour l’apprendre car si
l’on sait depuis le début de l’histoire que la fin est
tragique, Dabitch et Pendanx ont savamment gardé le flou sur sa nature
exacte, se contentant de préciser que le nom Batavia, bateau sur lequel
Jeronimus a embarqué, est “devenu synonyme d’une terrible
et meurtrière expérimentation humaine”.
Après avoir planté le décor et décrit les circonstances
(la mort de son enfant de la syphilis, l’opprobre qui s’en suivit,
les soupçons d’adultère qui pesèrent sur sa femme…)
dans lesquelles le protagoniste a décidé d’embarquer sur
le “Batavia”, navire amiral de la compagnie des Indes hollandaises,
à destination de Java, dans la première partie, les auteurs
se concentrent cette fois sur le voyage lui-même. Et comme à
l’accoutumée, les somptueuses peintures de Pendanx envoutent
littéralement le lecteur, l’hypnotisent. Alliées à
la voix off omniprésente, elles l’emmènent à bord
du Batavia et son rythme de croisière lent pour mieux lui faire ressentir
les vicissitudes de la traversée (qui dura 8 mois…), les souffrances
endurées par l’équipage et, surtout, l’évolution
psychologique de Jeronimus qui, voyant ses qualités d’orateur
séduire certains passagers, prend progressivement confiance en lui
pour petit à petit nourrir des desseins bien plus élevés :
prendre le commandement du navire !
Respectant scrupuleusement les faits historiques et magistralement mis en
images, ce roman graphique singulier ne souffre finalement que d’un
défaut : un découpage qui manque tout de même parfois
de dynamisme.
[sullivan]