Anne
Nivat, correspondante de guerre
Collignon
soleil
On se fait souvent une
idée très fausse des grands reporters. On les imagine costauds,
baroudeurs, habillés en treillis, solitaires et un brin désabusés.
Anne Nivat n’est rien de tout cela. Et ce qui compte davantage que sa
petite taille, son énergie débordante ou le fait qu’elle
porte parfois des talons hauts ou des lunettes à la mode quand elle
est de retour à Paris, c’est le regard, juste et respectueux,
qu’elle porte sur les pays où elle se rend et sur les gens qu’elle
croise, ainsi que la méthode de travail qu’elle a choisi :
s’immerger parmi la population locale, loin des hôtels de luxe
où se regroupent les journalistes occidentaux, pour s’approcher
au plus près de ce qu’elle vit.
Pour faire le portrait de cette femme qui a obtenu le prix Albert Londres
en 2000 pour son témoignage sur son expérience en Tchétchénie
dans “Chienne de guerre”, Daphné Collignon a décidé
de croiser des photos ou extraits dessinés du carnet de voyages d’Anne
Nivat avec l’interview réalisée lors de leurs différentes
rencontres. Ainsi, par petites touches impressionnistes, ce livre hybride
(il mélange notes, photos, interviews, carnet de voyages, narration
sans dessin…) rend compte, de façon très libre, des différentes
facettes de ce personnage atypique : mettant en exergue le formidable
travail de journaliste de Nivat (elle a livré des témoignages
très forts sur les guerres de Tchétchénie, d’Irak
ou d’Afghanistan en privilégiant l’écoute et en
se gardant de juger ses interlocuteurs, même si celui-ci était
un terroriste taliban) et les difficultés liées à ce
métier (déracinement, vie amoureuse compliquée…)
tout en montrant ses contradictions et ambitions d’être humain,
histoire de démystifier la figure du grand reporter.
Portrait inattendu, tout en nuan ces et en sincérité, et un
bel hommage à un journalisme non-formaté, ce “Correspondante
de guerre” est une très belle surprise qui donne vraiment envie
de se plonger dans les livres d’Anne Nivat.
[sullivan]