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Mon frère, le fou
Séra
futuropolis

Depuis sa renaissance, Futuropolis s’est ingénié à rassembler, de Davodeau à De Crécy en passant par Rabaté, Levallois ou Gipi (pour n’en citer que quelques uns), ce qui se fait de plus créatif, novateur ou touchant dans la bande dessinée actuelle. Séra manquait encore à l’appel. L’oubli est maintenant réparé avec “Mon frère, le fou”, dont l’histoire se déroule en Bretagne. Mais oui, vous avez bien lu, en Bretagne. Littéralement obsédé par l’effroyable génocide khmer, Séra a pour une fois délaissé son pays d’origine, le Cambodge, pour un récit sensiblement plus léger, en tout cas plus lumineux.
L’auteur y conte l’histoire de deux frères déchirés que rien ne semble plus pouvoir rapprocher. Gaël, le plus jeune, est le ligneur le plus doué d’Audierne. Au péril de sa vie, il affronte, tout comme une poignée d’autres marins, déferlantes et bourrasques sur de frêles embarcations, pour débusquer, ligne au bout des doigts, le roi des poissons, le bar, sous les roches de la chaussée de Keller. Les magnifiques pêches qu’il ramène régulièrement rendent Joël fou de jalousie. Mais ce que ce dernier ne sait pas, c’est que son frère ne part pas seul en mer. Il peut compter sur son meilleur ami pour l’aider. Un fou de Bassan, à qui il parle et qui le guide vers les zones les plus poissonneuses. Et l’arrivée d’une belle touriste, Flore, ne va faire qu’attiser les rancœurs déjà existantes.
Comme à son habitude, Séra signe ici un récit très singulier. Peu disert (quitte à parler des marins, autant leur emprunter un trait de leur caractère), il fait la part belle à la fascination de Gaël (et de l’auteur) pour la mer, omniprésente, qui jaillit littéralement de ce somptueux travail graphique. Un trait fin et fragile, sans encrage, notamment rehaussé de gouaches, qui lui permet de superbement rendre ce qui fait la Bretagne : sa luminosité si particulière, la couleur de ses maisons en granit et donc sa mer. Ici plus vraie que nature. La houle, la violence des vagues, l’écume, les embruns : tout y est. A tel point que l’on a parfois l’impression d’entendre le cri des mouettes et des fous de Bassan. Un écrin magnifique dont les ambiances renforcent encore le côté fantastique de ce récit habité et résolument à part, à la fois hommage à une région et plongée dans les méandres de l’âme humaine. Superbe.

[sullivan]

 

 


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