Les
rues de sable
Roca
delcourt
Un jeune homme musarde
tranquillement dans une librairie. Sa fiancée lui téléphone
alors pour le houspiller. Il a oublié leur rendez-vous de 11h à
la banque ! Du coup, elle lui reproche comme d’habitude son immaturité
et le peu d’intérêt qu’il montre pour qu’ils
deviennent propriétaires et qu’ils construisent leur vie comme
les autres couples autour d’eux…Pour gagner du temps, le protagoniste
décide alors de couper par la ville vieille pour la rejoindre mais
les rues sont sinueuses et il se perd rapidement dans ce labyrinthe étrange
peuplé de personnages aussi insolites les uns que les autres…
Derrière cet univers surréaliste à mi-chemin entre l’absurde
de Kafka et la poésie d’“Alice au pays des merveilles”
se cache bien sûr un voyage introspectif des plus fantaisiste. Car ce
labyrinthe ne représente en fait rien d’autre que les questions
existentielles -qui suis-je ? où est-ce que je veux aller ?
quelle vie est-ce que je veux mener ?- qui empêcheront notre héros
d’avancer tant qu’elles n’auront pas trouvé de réponses.
Pour l’aider à trouver son chemin dans le dédale de sa
réflexion, Paco Roca a jalonné ce parcours de personnages très
atypiques qui ont cependant un point commun. Celui de ne pas vraiment vivre.
Et ce pour des raisons très diverses. Monsieur Albert a trop peur de
la mort pour oser vraiment vivre, le comte de Diogène donne tellement
d’importance au passé et à ses souvenirs qu’il en
oublie le présent, la réceptionniste de l’hôtel
travaille tellement qu’elle n’a jamais le temps de rendre visite
à Rosiendo De Los Vientos, dont elle est amoureuse…
Autant d’exemples qui permettront au jeune homme sans nom de prendre
conscience de qui il est et de ce qu’il veut vraiment au bout de cette
quête, à laquelle Paco Roca, au fil d’un récit aussi
maîtrisé qu’inventif, donne des allures de “Carpe
Diem” improbable. Franchement réjouissant.
[sullivan]