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Au cœur de la tempête
Eisner
delcourt

Depuis 2000, Delcourt réédite l’œuvre de Will Eisner, proposant ses titres majeurs mais aussi d’autres plus méconnus. Et ce qui frappe, alors que plus de 10 livres sont déjà ressortis, c’est l’incroyable homogénéité de l’ensemble. On a beau chercher, on ne parvient pour l’instant pas à trouver le moindre petit coup de fatigue dans la bibliographie d’Eisner, même pas un tout petit manque d’inspiration. Et ce n’est pas “Au cœur de la tempête” qui va changer la donne puisque le maître américain y démontre une nouvelle fois tout son talent.
Eisner s’y met en scène (le récit est largement autobiographique) alors qu’il vient de s’engager dans l’armée américaine. Nous sommes en 1942 et un train emmène le jeune homme vers sa future affectation. Mais alors qu’il se dirige vers le cœur de la tempête -le front de la seconde guerre mondiale- Willie regarde une dernière fois en arrière, vers ses années de jeunesse, avant d’irrémédiablement basculer dans l’âge adulte. Ainsi, des visages aperçus le long du chemin de fer stimulent ses souvenirs et ouvrent des flashes back dans le récit qui conte alors l’arrivée du père d’Eisner en Amérique, l’enfance difficile de sa mère, la rencontre de ses parents ou son arrivée ainsi que celle de son frère et de sa sœur dans le foyer. Avec, en filigrane, omniprésents, le mépris et la haine dont les juifs ont été de tous temps victimes.
“Au cœur de la tempête” est si riche que chacun y trouvera son bonheur. On pourra apprécier le souffle romanesque du récit (et cette façon incroyable dont Eisner parvient à donner épaisseur et justesse à ses personnages), son côté autobiographique qui nous permet d’en apprendre davantage sur l’auteur et sa famille, le contexte historique très documenté qui nous fait ressentir l’antisémitisme grandissant dans les sociétés européennes mais aussi américaine, voire un aspect plus technique avec ce modèle de narration graphique (absence de bordures dans les cases, dessins s’imbriquant les uns dans les autres, fenêtres, paroles et autres objets jouant le rôle de liens diégétiques).
Bref, une œuvre une nouvelle fois nécessaire, ne serait-ce que pour sa critique aiguisée de tous les préjugés, qu’ils soient religieux ou raciaux !

[sullivan]

 

 


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