Le tour des géants
Debon
dargaud
Le Tour de France…tout un poème ! Difficile d’encore voir l’aspect sportif et l’exploit physique derrière les récurrentes affaires de dopage de ces dernières années et le business auquel il est désormais réduit (même si l’apparition de l’épreuve -qui fut organisée par le journal L’Auto, ancêtre de l’Equipe, pour doper ses ventes durant l’été, n’avait rien de philanthropique…). A moins de retourner quelques années en arrière. Par exemple à une époque où les coureurs devaient attendre l’arrivée d’une étape pour pouvoir bénéficier d’une assistance technique de leur équipe (pour ceux qui en avaient une…), où l’on partait au beau milieu de la nuit pour arriver avant le coucher du soleil le lendemain et où sabotages mécaniques et semailles de clous sur les routes étaient monnaie courante. Comme en 1910, année choisie par Nicolas Debon, et l’un des tours entrés dans la légende.
Son récit est centré sur le duel dantesque entre Faber (gagnant du tour 1909) dit le Géant de Colombes et Lapize surnommé le Frisé. Les chapitres (15 comme le nombre d’étapes de l’épreuve) suivent l’avancée de leur combat et livrent aussi, en chemin, quelques anecdotes surprenantes sur cette épreuve titanesque (41 coureurs sur 110 parvinrent à franchir la ligne d’arrivée après 4735 kilomètres avalés) qui n’a plus grand chose à voir avec le tour que l’on connaît.
Bien sûr on parlait déjà de dopage (à la strychnine ou à l’éther) ou de tricherie (les sabotages dont on a déjà parlé par exemple) à cette époque mais la volonté, la camaraderie, la détermination étaient des valeurs qui comptaient encore. Et la chance avait également son mot à dire.
Venu de l’illustration, Nicolas Debon propose avec ce dessin délicieusement vieillot un graphisme tout à fait adapté et réussi qui fait oublier certains chapitres un peu rapidement troussés et livre un agréable retour aux sources de cette épreuve mythique.
[sullivan]