La mémoire dans les poches (deuxième partie)
Le Roux/Brunschwig
futuropolis
Avant d’être arrêtée par la police pour être expulsée de France, Malika, une sans-papier algérienne, a juste le temps de laisser son bébé à une amie pour qu’il puisse rester dans notre beau pays. Mais celle-ci, très peu familière de l’administration hexagonale, préfère le confier au seul français qu’elle connaisse vraiment : Sidoine Letignac, un gentil papy qu’elle voit promener son chien tous les soirs. Mais ce dernier, au lieu d’aller trouver l’assistance publique pour que le petit Tarik soit adopté, décide de s’enfuir avec lui sans laisser de nouvelles à sa famille. Quelques années plus tard, lassé de voir sa mère se morfondre dans sa dépression, son fils Laurent se met en tête de le retrouver…
On avait déjà beaucoup aimé la première partie et cette suite ne fait que confirmer tout le bien que l’on pense de cette série qui a fait de l’implosion de la famille Letignac sa clé de voute. Car si Rosalie et Sidoine sont admirés de tous, et notamment de leur fils, dans la cité pour leur tolérance, leur générosité et l’aide qu’ils ont apportée aux familles immigrées voisines, le désir de Laurent d’aider Malika va rapidement lézarder ce vernis trop parfait pour laisser apparaître des choses bien moins belles à voir, comme l’égoïsme de son père ou l’hypocrisie de sa mère.
Son scénario a beau être juste et inspiré, “La mémoire dans les poches” ne serait peut-être qu’une bonne histoire humaniste parmi d’autres s’il n’y avait le dessin tendre de Le Roux et, surtout, cette trouvaille narrative étonnante de Brunschwig qui consiste à alternativement adopter le point de vue des 3 membres de la famille Letignac pour raconter chacune des parties. Ainsi, dans ce second tome, la narration subjective épouse cette fois le regard de Laurent pour nous faire découvrir la face cachée de son papa Sidoine. Brillant, sur toute la ligne !
[sullivan]