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Malamine. Un africain à Paris
Edimo/Mbumbo
les enfants rouges

L’africain du titre, c’est Malamine. Malamine Karaboué. Après l’obtention de son doctorat en économie publique à la Sorbonne, il est rentré au Sénégal pour aider son pays à mieux gérer ses ressources et à éviter les pièges de l’ultralibéralisme mondial. Mais malgré ses diplômes et ses compétences, il s’est fait humilier lorsqu’il s’est présenté au ministre pour proposer ses services. Parce qu’il a eu le tort de sous-entendre que le pays pouvait être mieux géré. Et surtout parce qu’il n’appartenait pas à la bonne tribu ! Comprenant qu’il serait écarté de tout poste important, Malamine n’a eu d’autre choix que de repartir à Paris, bien décidé cependant à y faire connaître ses théories et à œuvrer pour l’Afrique.
Alternant scènes à Paris et flashbacks en Afrique, ce récit nous fait suivre la trajectoire compliquée de Malamine. Car 10 ans après, il n’a toujours pas publié de livre et vit toujours dans la même modeste chambre de bonne…Lui qui se rêvait (avec un brin de prétention) en sauveur de l’Afrique déchante et le désir de résistance qui l’animait a laissé la place à une cruelle amertume, que l’extrémisme guette. Il faut avouer que le dilemme est quasiment insoluble : lui qui est très critique (à raison…) envers le passé colonialiste de la France et son attitude paternaliste actuelle à l’égard de l’Afrique doit se contenter d’un boulot très sous-qualifié pour manger et affronter presque quotidiennement les préjugés envers les noirs voire le racisme à Paris…
Au travers de ce portrait très juste et convaincant de Malamine, c’est bien sûr aussi de l’Afrique qu’Edimo et Mbumbo viennent nous parler dans ce récit presqu’aussi sombre que ce dessin fait de crayonnés et de hachures rehaussés de lavis de gris. De ses coutumes, de sa joie de vivre, de ses relations forcément compliquées avec la France, de son envie d’autonomie vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale mais aussi de son tribalisme, de sa corruption et de sa dépendance au système économique actuelle.
Un ton, résolument personnel, et un point de vue différent, de “l’intérieur”, sur les immigrés qui font de “Malamine” un roman graphique vraiment digne d’intérêt et font largement oublier les quelques approximations du dessin.

[sullivan]

 

 


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