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Dieu en personne
Mathieu
delcourt

Un jour un homme est arrivé au bureau de recensement. Quand le fonctionnaire chargé de l’enregistrer lui demanda son nom, il répondit “Dieu”. Et quand vînt le tour de son prénom, il fit : “Dieu”. C’est alors que le secrétaire comprit qu’il avait l’incarnation humaine du tout puissant sous les yeux. Pourtant, le monde fut d’abord dubitatif face à cette arrivée. On voulut de prime abord vérifier que l’homme était bien ce qu’il prétendait être. Une fois les preuves apportées, ce fut l’emballement, la folie, la frénésie. On sortit des livres sur Dieu, des œuvres d’art, des pièces de théâtre…Des publicitaires, des éditeurs, des producteurs lui firent signer des contrats mirobolants. Et puis, il y eut le procès, énorme (250 avocats travaillèrent à sa défense). Car nombreux furent ceux à accuser Dieu : d’être la cause de leur malheur, de ne pas avoir assuré le suivi de sa création ou même carrément d’avoir créé l’homme…
Ceux qui connaissent Marc-Antoine Mathieu (enfin un MAM fréquentable…) savent que la lecture de ses livres n’a en général rien de reposant. Car notre homme aime par-dessus tout innover, expérimenter, surprendre. Le bougre ne tient pas en place ! Après “la 2,333e dimension” et son héros Julius Corentin Acquefaques qui perd le point de fuite et, du coup, la 3D ; sa réflexion décalée sur l’art dans “Les sous-sols du révolu” ou l’apparition incompréhensible de murs qui menacent une cité envahie par une dictature de l’information en temps réel dans “Mémoire morte”, il revient avec ce nouvel ovni qui sort bien sûr hors collection, notre homme étant plutôt du genre inclassable et à glisser entre les doigts.
Et il faut avouer qu’ils sont actuellement peu nombreux à pouvoir se permettre de sortir un essai philosophique sur Dieu en bd ! Si Marc-Antoine Mathieu propose une réflexion profonde et dense sur le sujet, convoquant les pensées de Descartes, Pascal, Nietzsche ou Sartre pour faire avancer le débat, il l’intègre habilement, par petites touches, à sa narration (bâtie autour du procès -quelle idée !- que l’on retrouve en filigrane) qu’il n’oublie pas par ailleurs de rendre ludique et comique (notamment au travers des nombreux jeux de mots) pour que le propos ne soit pas assommant et que la lecture reste un plaisir. Le tout sans montrer une seule fois le visage du grand créateur !
Pari tenu donc pour cette œuvre une nouvelle fois ébouriffante, pas toujours facile à suivre parce que le sujet est ambitieux, mais précieuse car rare. D’autant qu’elle est superbement mise en images par l’habituel dessin en noir et blanc de Mathieu, aussi élégant qu’expressif..

[sullivan]

 

 


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