La maison d’Ether
Durieux/Larue
futuropolis
Martin a une ravissante épouse et un adorable petit garçon. Il a pourtant bien du mal à se débarrasser de cette mélancolie tenace et à retrouver l’inspiration (il est écrivain). Alors, quand il tombe sur une photo de Tétouan sur une brocante bruxelloise, il décide de retourner au Maroc -il y avait vécu pendant deux ans il y a longtemps- pour chasser ses démons et remettre de l’ordre dans sa tête.
Denis Larue a passé deux ans à Tétouan pour, notamment, créer un département Bande Dessinée à l’institut national des Beaux-arts. De retour chez lui en Belgique, il a eu envie d’utiliser cette expérience pour en faire un récit. Après quelques essais de scénario infructueux, il envoya toutes ses recherches à Christian Durieux pour qu’il s’en charge. Le scénariste s’est inspiré de ce que Larue y a vécu pour composer un récit riche et poétique (ceux qui se souviennent de “Central Park”, fruit de sa collaboration avec Cornette, n’en seront pas surpris) à la fois.
Car si l’intrigue principal (qui prend la forme d’un cauchemar embrumé pour mieux montrer ce que ressent le protagoniste fiévreux, perdu dans le dédale de la médina et de son esprit) suit Martin dans sa quête de vérité (il veut savoir ce qu’est devenu Abdelattif, son ami envoyé à l’époque dans les geôles d’Hassan II pour écrits subversifs) et de rédemption (il se sent coupable de ne pas avoir pu faire davantage que d’envoyer des lettres), l’histoire brosse également, en filigrane, le portrait d’un Maroc complexe, difficile à cerner, aussi coloré, gai et généreux que le magnifique dessin en couleur directe de Larue (qui ne manquera pas de vous rappeler celui de Stassen, avec qui le dessinateur a échangé) mais également corrompu et coincé entre progrès et religion.
Un beau récit, singulier, qui sonne juste.
[sullivan]