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Notre mère la guerre
(première complainte)

Maël/Kris
futuropolis

Cela fait six mois que la première guerre mondiale est commencée. Les poilus sont empêtrés dans la boue froide et humide des tranchées. Pourtant, c’est autre chose qui inquiète l’état-major français. Car trois femmes ont été retrouvées assassinées sur la ligne de front, avec, sur elles, une lettre d’adieu écrite de la main même de leur meurtrier. Alors on a fait appel au lieutenant Vialatte, gendarme connu pour avoir résolu l’affaire du “Tueur des vendanges”. Son enquête va mener ce patriote catholique convaincu dans les tranchées et l’obliger à voir le sacrifice des soldats et la guerre sous un autre angle.
Tout comme nous ! Car si comme Maël quand le projet lui fut proposé, on se pose de prime abord la question de l’utilité de cet énième récit sur la guerre, on est néanmoins très rapidement convaincu par les choix de Kris, qui confirme, livre après livre, qu’il est bien l’un des scénaristes les plus doués de sa génération.
Bien sûr la fureur de la guerre, les tueries, le bruit assourdissant des bombes ou l’inconséquence des donneurs d’ordre sont ici bien présents puisqu’ils constituent l’arrière plan, le décor plus vrai que nature de “Notre mère la guerre”. Mais ce qui intéresse vraiment Kris ici c’est ce qui a rarement été montré dans les œuvres traitant de “la der des ders” : la présence des femmes, et leur statut, dans cette guerre, l’envoi en première ligne de très jeunes criminels en échange de remises de peine ou l’existence de cambrioleurs de tranchées.
Notre scénariste avoue avoir toujours eu envie de travailler sur la guerre. Bien lui en a pris. Car cette “première complainte” (il y en aura 3), portée par le travail très convaincant de Maël avec ce trait instinctif et expressionniste allié à des aquarelles aux teintes souvent ternes (seulement trouées ici ou là de bleu, celui des uniformes, ou de rouge, celui du sang), possède indéniablement la force et le réalisme pour dépeindre son absurdité. Et elle contribue également, de par ses cadrages singuliers, à renouveler le genre. Chapeau bas !

[sullivan]

 

 


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