La piscine de Micheville
Baru
les rêveurs
C’est toujours avec grand plaisir que l’on retrouve Baru, surtout lorsqu’il revisite l’une de ses première œuvres, je veux bien sûr parler de “La piscine de Micheville”, superbement rééditée ici par les éditions des rêveurs. Pour l’occasion, l’auteur a refait les couleurs sur les originaux en noir et blanc, en couleurs directes, a ajouté des intertitres et est revenu sur les lieux du récit 25 ans après dans un post face fort sympathique.
La piscine de Micheville dépendait des aciéries du même nom qui se trouvaient à cheval sur les communes de Villerupt et d’Audun-le-Tiche, en Lorraine. C’est là que Baru, de son vrai nom Hervé Baruléa, a grandi. Dans ces nouvelles intimes et tendres, il nous fait revivre en quelques coups de projecteur bien sentis et en version originale (avec argot -“c’était recta”, “un taquet dans les dents”- et tics langagiers lorrains -“la Nadette Galus”, “le Verdini”- de rigueur) des moments forts et révélateurs de son adolescence : la première voiture, les surboums chez la Noëlle Carioni, les matchs de foot contre les polonais de Nidelange, la frime à la piscine…Avec en filigrane une obsession omniprésente chez Hervé et ses copains : les filles, que l’on mâte, tente de séduire et brûle d’embrasser !
Ces courts récits mis en images par le dessin si typique de Baru, mélange d’humanité et de sincérité (il y a là quelques trognes qui valent vraiment le détour…) sont également l’occasion pour l’auteur de brosser le portrait d’une communauté : celle des ouvriers immigrés venus d’Italie, de Pologne, du Portugal, d’Ukraine ou d’Espagne pour travailler à l’usine et de leurs familles qui vivaient regroupées dans les cités construites pour eux à proximité. Des ouvriers dont bon nombre d’entre eux devinrent des “poivrots” lorsqu’ils se retrouvèrent sur le carreau à la fermeture des portes de l’aciérie en 1974.
[sullivan]