Vies à la ligne
Soluto
les rêveurs
Ce que l’on aime avec les rêveurs (je veux bien sûr parler de l’éditeur…), c’est leur esprit ouvert, à 360 degrés, et leur volonté d’encourager les formes nouvelles. “Vies à la ligne” en est une nouvelle émanation.
Cette nouvelle œuvre de la collection “Pas vu pas pris” est un drôle de livre. Et vous l’avez certainement compris, ce n’est pas une bande dessinée. On y trouve des dessins de personnes. Sans fioritures, au stylo. Précis, directs, sans compromis, pleins de vérité. Des personnes que Soluto a peut-être rencontrées ou fréquentées. Allez savoir…Parfois ces portraits sont accompagnés d’un texte. Quelques lignes ou plusieurs pages. Une tranche de vie.
On y croise une ancienne amante retrouvée, 20 ans après l’avoir abandonnée contre les 25 000 francs de son père, dans une librairie de Rouen ; le cousin Joseph, arriéré mental, qui se mord la main jusqu’au sang quand il est contrarié et qui aime tant qu’on lui dessine des “bonnes femmes à poil” ; Sidonie la trapéziste de cirque, handicapée depuis qu’elle est tombée d’un tabouret pour attraper un couscoussier et seule depuis que son bonhomme s’est fait bouffer par un vieux tigre ou l’ancienne camarade de classe, plutôt laide, que l’on aurait préféré ne pas revoir (on avait oublié que l’on était sorti avec des filles pas très jolies…).
Quelques lignes et un portrait : il n’en faut pas plus à Soluto pour résumer des vies entières. Des vies souvent banales, tristounettes, dérisoires et même sordides. Faites de solitudes, de trahisons, de déceptions, d’embrouilles et de regrets. Le propos est sombre mais le ton est terriblement juste, criant de vérité. A tel point qu’il laisse un goût amer dans la bouche. On aimerait que Soluto ait tout inventé mais on n’en est pas vraiment sûrs. Quand je vous disais que c’était un drôle de livre…
[sullivan]