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Urielle
Clarke/Lapière
quadrants

Au douzième siècle, dans le nord de l’Europe, des femmes commencent à s’organiser en communautés religieuses. Non reconnues par le clergé, ces “béguines” prononçaient leurs propres vœux et embrassaient une vie religieuse à l’écart des abbayes et autres monastères. Difficilement tolérées au début car elles étaient considérées comme des concurrentes dans la foi, elles furent rapidement l’objet de persécutions et condamnées par l’inquisition.
Rhénanie. An 1238. Erika dirige, avec grande autorité, l’un de ces “béguinages” et veille à ce que ses quatre filles respectent scrupuleusement les tâches et règles qu’elle leur a assignées. Leur vie, simple et rigoureuse, est rythmée par les lectures, les prières et les travaux de traduction et d’enluminure commandés par d’autres moines. Face aux menaces répétées du père Andréas, responsable de la paroisse, à l’encontre de leur communauté, Erika imagine un jour un stratagème pour le convaincre que son béguinage a été choisi par Dieu lui-même. Mais le “miracle” tout juste survenu, l’inquisiteur Conrad de Marbourg se met en route pour venir enquêter sur place…
Le polar atypique, Clarke et Lapière, ça les connaît. Pour leur première collaboration (“Luna Almaden” chez Aire libre), ils avaient chargé leur jeune héroïne aveugle de l’enquête ! Avec “Urielle”, ils proposent cette fois un huis-clos dont le dessin bien plus réaliste que d’habitude de Clarke (notre homme fait généralement plutôt dans l’humour) et surtout les couleurs, très austères et sombres (un travail admirable), se chargent de restituer toute la tension et la violence. Formellement très convaincant, le récit peut ainsi mieux nous abasourdir avec cette épisode méconnu des guerres de religion. Car si l’on connaissait déjà les dégâts engendrés par l’église, on n’avait pas encore entendu parler des persécutions qu’avaient eues à endurer ces femmes qui ne demandaient, après tout, qu’à pouvoir exercer leur foi librement. Mais le pire, c’est que finalement on est guère surpris de lire de quelles autres horreurs ces hommes ont été capables pour ne pas avoir à partager leur pouvoir. Et presque 8 siècles plus tard, la situation n’a que peu évolué. Un one-shot aussi percutant qu’édifiant.

[sullivan]

 

 


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