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Blast 1. Grasse carcasse
Larcenet
dargaud

Le succès aidant, Larcenet a gagné en crédibilité et surtout en liberté. Lui qui réservait auparavant ses œuvres les plus ambitieuses et exigeantes (on pense aux superbes mais intransigeants “Dallas Cowboy” ou “L’artiste de la famille”) aux Rêveurs, éditions qu’il a aidées à mettre sur pied, peut désormais sortir une série en noir et blanc, très sombre, en 5 tomes de 200 pages chez Dargaud aux côtés des plus grands publics “Le retour à la terre” ou “Les aventures rocambolesques”. Et on ne peut que s’en réjouir. D’autant que “Blast” est du meilleur tonneau. Un millésime Larcenet pur jus ! Une sorte de suite très noire du “Combat ordinaire”. Car peu importe finalement le cadre que Larcenet choisit (ici le polar), on y retrouve toutes les obsessions, états d’âme et marottes du bonhomme.
On l’a dit, “Blast” est donc un polar. Car un homme, Polza Mancini, est en garde à vue. Les preuves de ce qu’il a fait à Carole Oudinot sont accablantes et sa culpabilité ne fait aucun doute. Mais les deux flics chargés de l’interroger doivent comprendre comment on a pu en arriver là. Ca tombe bien car Polza (prénom russe, diminutif de POmni Leninskie ZAvety, “Souviens-toi des préceptes de Lénine”, qu’il doit à son père communiste italien…) est plutôt du genre loquace. Il leur raconte tout par le menu. Et notamment que tout a commencé avec la vision de son père mourant sur son lit d’hôpital, choc qui a occasionné son premier blast, sorte d’explosion dans la tête qui libère le corps de toute gravité et donne accès à un état de béatitude et de limpidité extrême. Et ensuite sa volonté de larguer les amarres et de se laisser dériver loin des hommes et de la civilisation…
La forme de “Blast” permet à Larcenet d’alterner huis-clos tendu (la vérité est une notion très subjective et celle de Polza n’est pas forcément celle que les flics veulent entendre) et souvenirs divers faits de moments horribles, de révélations touchantes, de déchéance mais aussi d’instants d’humour plus légers permettant à l’auteur de relâcher un peu la pression du récit. Le tout étant teinté de réflexions profondes sur l’obésité, le regard des autres, les dépendances à l’alcool ou à la drogue, la marginalité choisie. Bref, sur la condition humaine et le combat ordinaire : celui, de la vie, compliqué, au quotidien.
Poignant, inventif (l’auteur a utilisé des dessins d’enfants pour illustrer les effets du blast), intelligent, surprenant et même parfois drôle : du grand Larcenet qui frappe vraiment un grand coup avec ce premier tome !

[sullivan]

 

 


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