archives BD

Houppeland
Tronchet
aire libre

Sorti il y a déjà 11 ans, “Houppeland” fut la première incursion dans le récit long pour Tronchet qui était alors davantage un spécialiste des gags en quelques cases. Et pour un coup d’essai, ce fut véritablement un coup de maître. Dupuis réédite ici cette œuvre en intégrale petit format avec interview bonus dans sa sous-collection “Roman/Aire libre”.
A l’origine de cette histoire, il y eut le ras le bol de l’auteur pour ce qu’il appelle “le diktat de la joie” : l’obligation d’être heureux en famille et de s’offrir des cadeaux à Noël, de faire la danse des canards pendant les mariages, de fêter la Saint-Valentin en amoureux ou encore de “mettre son verre au frontibus, au nasibus, au sexibus” lors des repas de communions. Il suffisait alors de laisser les années et l’imaginaire faire leur œuvre pour que le tout débouche sur “Houppeland”, l’histoire d’une dictature du bonheur, d’une société complètement père-noëlisée.
Dans ce pays, le président a décrété que son pays vivrait dans la bonne humeur et que donc tous les jours on fêterait Noël. Ses concitoyens ont ainsi obligation d’assister au réveillon chaque soir et d’offrir bien entendu des cadeaux aux autres convives. Dans la joie et la bonne humeur, cela va sans dire. Si tel n’était pas le cas, un patriote alerterait consciencieusement les Brigades de joyeux drilles, qui se chargeraient, le cas échéant, de faire revenir le dissident dans le droit chemin, à coups de matraques, voire, si l’individu est vraiment retors, en l’envoyant en camp de rééducation à la fête…
La fable est délirante, grinçante à souhait -en plus de remuer, avec talent, certains souvenirs peu glorieux de 39-45, caprices de pouvoir des chefs d’état, obsession de la santé et de la jeunesse dans les sociétés modernes, fêtes programmées et formatées qui en deviennent vides de sens, en prennent ici pour leur grade- mais surtout inventive. Car si le dessin gros nez de Tronchet, s’il est tout à fait adapté au récit, n’a rien d’original, le scénario multiplie les rebondissements, les magnifiques trouvailles (après l’assassinat du président pro-Noël, ses successeurs choisissent d’autres fêtes qui vont se répéter tous les jours…) et les bons mots.
Un chef d’œuvre d’humour noir, à mi-chemin entre un “Traversée de Paris” loufoque et une parodie de film d’action à la James Bond.

[sullivan]

 

 


Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions à :
If you want to be reviewed here, send your promotionnal stuff to :
Mathieu Gelezeau - 51, rue Paul Vaillant Couturier - 92240 Malakoff - France /
email : positiverage(a)hotmail.com