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Pénélope et Marguerite
Bramardi/Lorenzo C.
les enfants rouges

Marguerite travaille à la gare d’Orléans. Elle accueille les déportés de retour d’Allemagne ou de Pologne et les interroge sur leurs camarades pour savoir qui est susceptible d’avoir survécu ou non. En fait, Marguerite s’est portée volontaire pour ce travail d’interview. Pour aider, bien sûr, mais aussi pour comprendre. Car Jean, son mari, vient aussi de rentrer des camps. Mais très affaibli, il reste prostré au lit toute la journée sans mot dire. Après avoir terriblement souffert de son absence, Marguerite se sent paradoxalement encore plus mal maintenant. Désemparée, elle commence à culpabiliser et la tête lui tourne. Un soir, alors qu’elle accompagne l’un de ses témoins, un survivant de camp, au théâtre, la pièce qui est jouée, “Le retour d’Ulysse en sa patrie”, va lui apporter les réponses aux questions qu’elle se pose.
Ce qui frappe d’emblée avec “Pénélope et Marguerite”, c’est sa volonté de prendre son temps pour mieux imposer son ambiance, lourde et mélancolique, au travers de ces diverses nuances de gris, de ces silences souvent nerveux et de ces corps amaigris des déportés respirant la souffrance. Cette narration lente, très littéraire, alternant voix off et dialogues, alliée au dessin en noir et blanc intimiste, permet à Bramardi et Lorenzo C. de brosser un portrait psychologique des plus juste de Marguerite.
Pourquoi son mari refuse-t-il de lui parler ? A-t-elle le droit de lui en vouloir après tout ce qu’il a vécu ? A-t-elle fait quelque chose qu’elle n’aurait pas dû ? Combien de temps devra-t-elle encore attendre ? Entièrement focalisé sur cette figure féminine -ses états d’âme, ses difficultés, son questionnement- le récit n’est ni plus ni moins que sa quête de sens, vitale pour elle, véritable introspection pour obtenir des réponses autrement que par son mari.
Un récit ambitieux et exigeant pour le lecteur (notamment lorsque Bramardi ajoute un second niveau de lecture avec la pièce, dont les répliques sont omniprésentes dans la seconde partie) qui est aussi une réflexion subtile sur les problèmes de communication rencontrés par les survivants des camps lors de leur retour en famille.

[sullivan]

 

 


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