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Kogaratsu "Intégrale 1,2,3,4"
+ tome 12 : "Le protocole du mal"

Michetz/Bosse
dupuis

Alors que sortent quasi simultanément une intégrale des quatre premiers tomes de la série et un nouvel épisode (le treizième tout de même), la tentation est grande de regarder en arrière pour contempler le chemin parcouru par "Kogaratsu" depuis sa première apparition en 1983 dans le numéro 2338 de "Spirou".
A l’époque, Bosse et Michetz n’imaginaient certainement pas que les aventures de ce samouraï se poursuivraient pendant presque 30 ans. Mais si, de nos jours, la civilisation japonaise, notamment grâce au manga, est plutôt bien connu du grand public, ce n’était pas vraiment le cas dans les années 80. Seppuku, voie du samouraï, accomplissement de son karma ou secte des ninjas : voilà ce qui donnait alors tout son sel à cette bd d’aventure, sorte de "Thorgal" extrême orientale. Avec, bien entendu, son héros et ses valeurs un brin anachroniques pour le lecteur : respect du combat, honneur, courage, loyauté envers son seigneur, que seul son amour pour la princesse Ishi peut venir perturber momentanément…
Dans cette réédition en intégrale petit format (qui ne met pas vraiment le récit en valeur, certaines cases paraissant bien petites…) des quatre premiers tomes, Kogaratsu est encore au service de Sire Bando. En mémoire de son père et ancien seigneur tué par son propre frère Mitsuru, il lui est resté loyal et va bientôt prendre la tête de son armée pour l’aider à regagner le trône de sa province. Mais malgré son impétuosité et sa jeunesse, on sent déjà son désir de liberté s’exprimer et les premières critiques envers son seigneur apparaître dans son esprit (avec cette question posée en filigrane par les auteurs : faut-il continuer à obéir à son maître même s’il n’en est plus digne ?). La fin de ce premier cycle teinté de tragédie (trahison, convoitise, remords) aux accents Shakespeariens ("Mac Beth" ou "Othello", entre autres, ne sont jamais bien loin), parfois un peu bavard mais surtout inspiré et rythmé par les nombreux combats, le verra rapidement devenir un rônin totalement libre.
Quelques tomes plus tard, l’évolution est complètement assumée. Dans ce "Protocole du mal" qui voit Kogaratsu être confronté à la folie dans un hui-clos plaisant mais sans surprise, notre héros ne dit-il pas : "Lorsque le corps a faim, l’honneur est un luxe que le rônin se doit d’oublier" ? Du côté du récit, le découpage a clairement gagné en fluidité mais le dessin, moins fouillé, va davantage à l’essentiel et paraît un peu pressé. L’inspiration ? Elle s’est, c’est vrai, un peu diluée avec le temps. Rien en tout cas qui mérite un hara-kiri, surtout au regard de la qualité d’ensemble de la série. De la bonne bd d’aventure.

[sullivan]

 

 


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