archives BD

Au nom de la bombe
Drandov/Alarcon
delcourt

Triste commémoration. Février 2010 marque le cinquantième anniversaire du premier essai nucléaire français. C’était à Reggane, dans le désert algérien. 208 tirs suivirent, en Algérie puis en Polynésie (sur le tristement célèbre atoll de Mururoa, notamment) entre 1960 et 1996. "Au nom de la bombe" entend marquer le coup, à sa façon... En mettant le doigt là où ça fait mal. A travers ce recueil de récits courts (allant d’une à quelques pages) mais incisifs, accompagnés de documents militaires secrets édifiants et de témoignages, Albert Drandov, journaliste ayant travaillé, entre autres, pour Le canard enchaîné ou Charlie hebdo, entend en effet briser la loi du silence imposée par l’état.
On estime à 150 000 le nombre de personnes ayant participé de près ou de loin à "l’aventure atomique française" comme on l’appelait alors. On parle là de généraux dirigeant les opérations, bien à l’abri, depuis des bâtiments éloignés des tirs, mais aussi de soldats que l’on envoya sur la zone quelques minutes seulement après l’explosion pour étudier ses effets sur l’être humain ou encore des autochtones chargés de nettoyer matériel et équipements irradiés sans aucune protection ! Sans parler des populations polynésiennes vivant aux alentours qui continuèrent à manger poissons, fruits ou légumes fortement contaminés par les radiations puisqu’on ne les mit jamais au courant de rien pour ne pas les effrayer !
Au final, c’est toute l’inconséquence et le cynisme de l’état français qui transparaissent dans "Au nom de la bombe". Un état français qui n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les nombreuses maladies ayant touché les vétérans militaires qui pensaient contribuer à "la grandeur de la France". On a beau savoir comment fonctionne l’armée -par le mensonge et le secret- (l’un des récits le rappelle d’ailleurs, quand un officier rétorque à l’un de ses hommes émettant des doutes sur la sécurité du personnel lors des opérations : "Chercher à comprendre, c’est commencer à désobéir") et jusqu’où la raison d’état peut aller, ce reportage percutant fait tout de même froid dans le dos !

[sullivan]

 

 


Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions à :
If you want to be reviewed here, send your promotionnal stuff to :
Mathieu Gelezeau - 51, rue Paul Vaillant Couturier - 92240 Malakoff - France /
email : positiverage(a)hotmail.com