Vorax
Calvo/Delmas
quadrants
Un spermatozoïde qui se fraye son chemin ; puis un fœtus qui croit. En voix off, le géniteur commente l’évolution et la croissance de son petit, croisement entre lémurien et humain, et lui parle, l’invitant à s’endurcir, à manger de la viande pour grandir, survivre et dominer le monde. Puis le père s’éclipse et abandonne ce fils tout juste arrivé sur Terre. Commence alors sa quête d’amour et d’absolu aussi étrange qu’hallucinée.
Pour le coup, il sera difficile de reprocher à Calvo et Delmas de se contenter de suivre les sentiers battus de la bande dessinée tant leur "Vorax" fait figure d’O.G.N.I., d’objet graphique non-identifié. Dessin complètement free, couleurs vives voire criardes, découpage imprévisible, récit passant de l’ironie à la gravité ou au second degré sans sourciller : tout dans cette réflexion pessimiste sur la vie et l’amour filial est fait pour désarçonner, bousculer et déstabiliser. Et de ce point de vue là, le pari des auteurs est gagné tant le lecteur ne cesse de se demander où ce récit veut bien l’emmener.
Calvo et Delmas prennent donc toutes les libertés graphiques et narratives pour dépeindre ce monde absurde et la seule réponse que Vorax trouve à lui opposer : cette quête d’amour idéal et parfait pour se rapprocher de la vérité cosmique. Le sexe y croisera Casimir, la métaphysique le viol et la tendresse se confondra avec l’inceste. Une expérience de lecture résolument différente, provocatrice, psychédélique et sans tabou, qui ne parlera clairement pas à tout le monde. Car on a beau apprécier (et encourager !) la singularité en bande dessinée (et dans la création en général), il faut avouer que "Vorax" pousse tout de même le bouchon un peu loin dans sa volonté d’innover. Du coup, le récit s’apparente trop souvent à un trip personnel délirant et sans concessions difficile à pénétrer.
[sullivan]