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Lisbonne. Dernier tour
Zentner/Samama
les impressions nouvelles

Le spectacle est, semble-t-il, terminé. Après avoir connu gloire et célébrité, s’être produits dans les salles les plus réputées du monde entier et avoir dormi dans les suites des plus grands hôtels, le mage Tosechi et Moreno son imprésario sont petit à petit tombés dans l’oubli. Peut-être parce qu’ils n’on pas voulu s’adapter aux nouvelles modes ni jouer le jeu de la télévision, des strass et des paillettes. Après avoir dû accepter des représentations dans des salles des fêtes perdues de plus en plus clairsemées, les deux hommes doivent se rendre à l ‘évidence : plus aucun contrat ne leur est proposé. Ainsi donc va s’achever la carrière de l’un des mages aux pouvoirs spirituels les plus extraordinaires qui soient. Ici, à Lisbonne. Pourtant, alors que Tosechi se morfond dans sa chambre d’hôtel, Moreno va faire la rencontre, dans des circonstances étranges, d’une jeune femme blonde qui va lui redonner espoir…
"Lisbonne. Dernier tour" aurait tout aussi bien pu s’appeler "Grandeur et décadence d’un mage", artiste intègre et sincère qui préfère respecter son art plutôt que de succomber aux sirènes de la gloire et de l’argent. Même si cela signifie vivre dans le dénuement le plus complet. Quelle autre ville que Lisbonne, qui vit au rythme du fado, pouvait aussi bien accueillir les déambulations désespérées et mélancoliques de fin de carrière de Tosechi et de Moreno ?
Au travers de ce portrait sensible d’un artiste qui a gardé (certainement parce qu’il a su rester fidèle à ses valeurs et à ce qu’il est), malgré les apparences, tout son talent, apparaît en filigrane une réflexion, profonde et poétique, véritable profession de foi de Zentner, sur l’art et ses rapports avec l’argent et la célébrité, brillamment mise en valeur par les gouaches d’Aude Samama qui prennent soin d’esquisser, de suggérer seulement. Pour ne pas trop en dire. Et laisser les personnages entourés de cet halo de mystère nécessaire aux récits de Zentner.
Pour ce joli retour à la bande dessinée (l’écrivain n’y avait rien publié depuis 2006), Zentner a choisi de raconter un adieu. Espérons simplement que "Lisbonne. Dernier tour", dans lequel le scénariste semble avoir mis beaucoup de lui-même, ne soit pas aussi autobiographique qu’il n’y paraît…

[sullivan]

 


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