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Gaza 1956
Sacco
futuropolis

Il est plutôt du genre têtu Joe Sacco ! Envoyé dans la bande de Gaza avec le journaliste Chris Hedges par le magazine américain Harper’s pour y écrire un article illustré sur la seconde intifada, l’auteur découvre quelques mois plus tard qu’à sa parution, le reportage en question a été amputé d’une partie. Quelques paragraphes traitant d’un massacre de palestiniens ayant eu lieu en 1956. Exaspérant et inacceptable pour notre homme qui décide donc de retourner en Palestine pour rendre compte de cet événement oublié par l’histoire.
A Rafah et Khan Younis, on suit donc Sacco qui essaie, accompagné et assisté par Abed, son guide et traducteur, de retrouver la trace de survivants ou de témoins de ce qui s’est passé à l’époque. Mais l’entreprise est compliquée ! Confrontés à la possible démolition de leurs maisons (quand celles-ci sont suspectées d’avoir abrité des terroristes, ce qui est arrivé 553 fois à Rafah entre septembre 2000 et mai 2003 !) par l’armée israélienne, à la mort de proches quasiment tous les jours, aux démonstrations de force des hommes du Hamas ou aux enterrements réguliers de martyrs, les gazaouis ont d’autres soucis en tête que de parler du passé et de 1956…
Patiemment, Sacco explique alors à ses interlocuteurs que le passé peut aider à comprendre le présent en ce qu’il permet de montrer "comment et pourquoi la haine a été plantée dans les cœurs". Méthodiquement, il poursuit alors son travail de fourmi journalistique : il rencontre quantité de personnes âgées, des survivants, des pères ou des femmes ayant perdu leur fils ou leur mari, souvent pour rien (la personne n’est pas la bonne ou a vécu un autre évènement que celui qui intéresse l’auteur) ; recoupe les témoignages ; vérifie leur fiabilité ; compulse les archives de l’état-major israélien ou de l’Onu, et, petit à petit, finit par mettre à jour le déroulement tragique de ces deux journées qui se soldèrent par la mort de 275 personnes (dont un grand nombre avait été aligné le long d’un mur pour faciliter les choses…) à Khan Younis le 3 Novembre 1956 et de 111 personnes à Rafah le 12 Novembre de la même année lors "d’opérations de contrôle" de l’armée israélienne, en fait de véritables massacres de civils.
Le reportage, fouillé et solide (on parle tout même là d’un travail de plus de 400 pages), est on ne peut plus éloquent et a le mérite de rappeler sur quelles bases les relations entre palestiniens et israéliens ont commencé…Brillant devoir d’histoire (ces massacres étaient jusqu’à lors relégués en bas de pages, sous forme de notes), "Gaza 1956", en nous faisant suivre toutes les démarches de Sacco pour venir à bout de son enquête, nous donne également à voir le Gaza actuel. 50 ans se sont écoulés et pourtant on est effarés de constater à quel point peu de choses ont changé pour les gazaouis, qui continuent de vivre dans des conditions affligeantes de misère, de tension et d’indignité. Et ce au vu et au su de toute la planète.
Un livre édifiant, comme souvent avec Sacco !

[sullivan]

 


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