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Le diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès
Vehlmann/Duchazeau
dargaud

Voir Vehlmann et Méliès, 2 incroyables conteurs ayant en commun un goût prononcé pour le bizarre, l’illusion, le poétique ou l’étrange, ici réunis semble d’une telle évidence que l’on se demande même pourquoi ça ne s’était pas fait avant. "Le diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès" n’est cependant pas une biographie ou un livre sur Méliès mais plutôt sur l’esprit de Méliès.
Pour ressusciter la magie de ce génie de l’image, Vehlmann et Duchazeau ont judicieusement décidé d’emprunter son terrain de jeu : des formats courts (les récits vont de 9 à 12 planches), des intrigues se déroulant dans le Paris du début XXème et un dessin noir et blanc qui utilise tous les dégradés de gris possibles et alterne trait charbonneux ou plus précis pour nous faire entrer dans cet univers entre ombre et lumière, zone crépusculaire où tout devient possible : où le zouave du pont de l’Alma peut abandonner son poste pour aller au spectacle, où le pôle nord peut faire le déplacement jusque la capitale, aidé de statues de neige ou de la fée du givre, pour punir Méliès et où l’on peut croiser un diable amoureux méchamment joueur…
En 7 histoires extra-ordinaires, Vehlmann parvient à capter ce qui obsédait littéralement Méliès : le merveilleux. "Obsédait" n’est pas exagéré : notre homme, considéré comme l’inventeur du cinéma moderne, avec ses effets spéciaux faits de "bout de ficelle et de carton pâte" et ses 500 court-métrages, était en même temps désespéré à l’idée de tuer le merveilleux en cherchant à le filmer. Raison pour laquelle il finit par brûler une bonne partie de ses films avant de tenir une boutique de jouets et confiseries. Vehlmann n’a heureusement pas ces états d’âme et use de toutes les illusions possibles (Méliès a commencé comme prestidigitateur au théâtre Robert Houdin) pour nous emmener dans son monde fantastico-délirant, bien aidé en cela par le superbe dessin de Duchazeau, où l’on croisera Prévert, les frères Lumière, Houdini ou encore le fantôme de la Lune.
Une œuvre hommage une nouvelle fois particulièrement inventive (on se souvient des excellents "Les 5 conteurs de Bagdad" ou de "La nuit de l’inca"), ludique et ébouriffante, livrée, cerise sur le gâteau, dans une superbe édition. A ne pas manquer !

[sullivan]

 


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