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Les derniers jours d’un immortel
Bonneval/Vehlmann
futuropolis

Dans un futur lointain, Elijah fait partie de la police philosophique. A ce titre, il est souvent amené à résoudre des conflits entre espèces différentes aux 4 coins de l’univers. Médiateur reconnu pour ses qualités de diplomate et de fin psychologue, son succès a un revers : il est déjà surchargé de travail et doit pourtant, à la demande du haut responsable du premier district, régler un différend sensible opposant les Ganédons à une autre espèce de leur planète, les Aleph 345, des êtres purement vibratoires. Malgré ses réticences (la manipulation engendre la perte des souvenirs les plus anciens), il se voit obligé de se créer un troisième "écho", sortes de clones, passeports pour l’immortalité, dans lesquels sont implantées ses données personnelles, pour l’aider dans sa tâche.
Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval savent indéniablement y faire pour planter un décor futuriste. Espèces extra-terrestres plus fantaisistes les unes que les autres (des Bru’Gahiens aux codes sociaux étranges aux Oolosiens et leur allure de mante religieuse en passant par les Aleph 345 et leur façon de faire connaissance particulière…), tèlèportation, tunnels spatiaux s’ouvrant dans le cosmos pour voyager, drogue d’un nouveau type -sonore- pour repousser ses limites… : tout concourt à rendre ce nouvel univers tangible, palpable et crédible.
Pourtant, si les auteurs ont choisi ce décor pour habiller "Les derniers jours d’un immortel", ce n’est pas parce qu’ils sont fans inconditionnels de science-fiction mais plutôt, à l’instar de Houellebecq dans "La possibilité d’une île" ou encore Kubrick et son "2001, l’odyssée de l’espace", pour placer leur héros dans une situation extrême et l’obliger à faire des choix. Car si, avec la découverte des "échos", cette civilisation terrienne a conquis l’immortalité, celle-ci a bien sûr ses revers : vie plus fade, désir en berne, perte des émotions, souvenirs fragilisés par le temps, long, qui passe.
Autant de pièges dont Elijah prend conscience et qu’il tente d’éviter à mesure qu’on le suit dans ses affaires professionnelles et dans sa vie privée. Ses doutes, ses réflexions (liées notamment à son métier qui l’oblige à s’ouvrir pour comprendre l’autre et donc aussi lui-même) l’amènent graduellement à se poser (et à nous poser) cette question primordiale : la vie est-elle vraiment la vie sans la mort ?
A juste titre sobrement mis en images par Bonneval, qui a ici opté pour un trait dépouillé relevé de lavis de gris, "Les derniers jours d’un immortel" est un conte philosophique futuriste ludique et inattendu. Une réussite de plus (même si on aurait aimé le voir approfondir encore la réflexion d’Elijah, soyons exigeants…) pour Fabien Vehlmann qui se frotte ici à ce nouveau genre avec bonheur.
[sullivan]

 


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