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Essex County
Lemire
futuropolis

Cape dans le dos, masque sur le visage : c’est Lester que l’on suit de prime abord, gamin qui se réfugie dans le monde des super-héros pour oublier la mort récente de sa mère et l’ennui de la vie à la ferme de l’oncle Ken. Puis, on fait un bon en arrière dans le temps pour revivre la création du club de boxe de l’Essex County par deux amis : Papineau et Drimer. Au chapitre suivant, c’est avec Lou Lebeuf que l’on fait connaissance, vieil homme seul qui essaie de se remémorer les jours heureux lors des quelques moments de lucidité que son cerveau lui accorde encore. Et on se demande alors quel peut bien être le lien entre tous ces personnages. Puis Anne Quenneville fait son apparition dans le récit. On comprend alors que c’est elle qui va assurer le lien narratif entre toutes ces vies. Infirmière à domicile, elle connaît tout le monde dans le conté et va permettre au lecteur de combler les ellipses, de découvrir les secrets cachés, d’explorer les non-dits de cette vaste saga familiale courant sur quasiment un siècle.
Une saga pas vraiment spectaculaire. On y trouve bien 1 ou 2 épisodes héroïques (quand Charles Gérard sauva Sœur Margaret et les enfants de l’orphelinat en flammes ou quand Jimmy Lebeuf connut la gloire avec la célèbre équipe de hockey des Leafs de Toronto) mais elle est surtout faite de drames, de déchirements, de souffrances et de grands moments de solitude, encore renforcés par l’immensité des espaces canadiens. Si champs à perte de vue et temps qui passe au rythme des tâches agricoles à accomplir, omniprésents dans l’œuvre de Jeff Lemire, permettent à l’auteur d’asseoir le contexte nord-américain très particulier du récit, ils lui permettent aussi de montrer la répétition à l’œuvre dans l’histoire de ces deux familles. Répétition d’épisodes douloureux et de vies gâchées au travers des décennies à cause des non-dits et de la difficulté à parler des choses et à communiquer dans ce nouveau monde très catholique. Véritable leitmotiv du récit, la porte qui claque est d’ailleurs la métaphore toute trouvée de ces problèmes de communication.
Poignant et passionnant : on n’a qu’une envie, arriver le plus vite possible au bout de ce récit fleuve de près de 500 pages au dessin en noir et blanc si expressif pour remettre en ordre toutes les pièces de ce puzzle narratif impressionnant de maîtrise. Pour un premier récit publié en France (il faut dire que notre homme n’a que 31 ans), Jeff Lemire signe ici un chef-d’œuvre. Tout simplement.
[sullivan]

 


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