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Le dernier des Mohicans
Cromwell
noctambule

Format plus court imposé par le médium, longs récitatifs à bannir si l’on veut éviter l’ennui du lecteur, musicalité de la langue quasiment impossible à retranscrire : on a déjà eu maintes fois l’occasion de soulever la question de la difficulté d’adapter des romans en bande dessinée. Eh bien Cromwell a en quelque sorte voulu donner son avis sur la question en proposant cette adaptation très singulière du "Dernier des Mohicans" de Fenimore Cooper.
Malgré la pagination confortable (120 pages) proposée par cette toute jeune mais déjà excellente collection Noctambule, l’auteur a d’emblée senti qu’une adaptation linéaire et strictement fidèle de l’œuvre aboutirait à une déception voire à un échec. Il a donc décidé de s’attacher à en restituer l’esprit plutôt que le texte lui-même. D’où un recours important à l’ellipse pour se concentrer sur une dizaine de scènes phares présentant chacune, au passage, l’un des protagonistes de l’histoire pour s’assurer de la clarté de la narration. Pour autant de flashs intenses et violents que l’on croirait tout droit sortis d’un cauchemar. Des flashs qui tirent leur puissance, leur force évocatrice du magnifique travail graphique de Cromwell, dont les peintures somptueusement sombres explosent littéralement à la face du lecteur. Les muscles sont bandés et les corps tendus, les paysages menaçants et envoûtants, les personnages mystérieux et ambivalents. Sous l’action de ses brosses et de ses pinceaux, le sang donne l’impression de jaillir des pages, les coups des tomahawks de résonner et les os de craquer dans nos têtes.
Cromwell fait véritablement de ce roman d’aventure romantique une course poursuite effrénée et hallucinée. Crépusculaire et envoûtante, voici une version incroyablement marquante de cet épisode tragique qui opposa français et anglais et leurs alliés indiens, respectivement hurons et ottawas et Mohicans, au cours de leur guerre pour la conquête du nouveau monde au XVIIIe siècle.
[sullivan]