Les hommes-loups
Goblet
frmk
Un mouton a peur. Il pleure. Des bois sombres et menaçants sortent des hommes. Ils sont bien habillés. Costumes, belles chaussures. Cravates. Ils serrent la main d’autres hommes bien habillés. Ils passent des contrats, semblent négocier, se mettre d’accord. Pour acheter ou vendre. On ne sait pas qui ils sont : ils n’ont pas de visages. Non, parfois, ils ont une tête de loup. Une chose est sûre : ils complotent et veulent du mal aux enfants. Le mouton continue de pleurer…
De cauchemars ? De souvenirs ? De visions ? Difficile de dire d’où proviennent ces flashs graphiques pour la plupart muets. Dessins enfantins (de petits chats, de moutons) alternent avec peintures sombres de maisons mystérieuses et de forêts crépusculaires ou esquisses rudimentaires. Le tout se mélange parfois façon collage.
Quand on frappe à la porte du Frémok, on sait ce que l’on vient chercher : des récits ambitieux qui poussent la narration graphique dans ses derniers retranchements, jusqu’au bout de ses limites parfois ; d’autres façons de raconter, qui n’ont pas peur d’expérimenter ; des voies picturales singulières. "Les hommes-loups" ne fait pas exception. Il ne faut pas s’attendre à trouver ici un mode d’emploi en bonne et due forme. Non, il faudra s’immerger dans le travail très riche et varié de Dominique Goblet, s’enfoncer dans la forêt lugubre de la couverture, se rattacher aux motifs récurrents -ces businessmen sans foi ni loi qui sont complices, ces enfants fuyants ou effrayés, ces moutons qui pleurent- comme à des branches et écouter les sensations engendrées par ces couleurs sombres, cet homme qui se masturbe ou ces visages d’enfants innocents, pour dégager quelques clés de lecture et se faire sa propre idée sur ce récit.
Réseaux de notables pédophiles ? Violence de l’ultralibéralisme qui menace les générations à venir ? Réminiscences d’une enfance blessée qui remontent à la surface ? "Les hommes-loups" joue tellement avec symboles et métaphores qu’il ne peut y avoir un récit mais des récits. Certains ne trouveront peut-être pas leur chemin ici. Et cette œuvre pourra désarçonner, laisser perplexe, voire irriter. Quoi de plus logique pour un récit qui tient beaucoup plus de l’œuvre d’art que de la bande (Des bandes ? Il n’y en a pas ici. Seulement des peintures ou dessins pleines pages) dessinée !
[sullivan]