Le gardien du feu. T.2 : Adéle
Debois/Sandro
soleil
Goulven Dénès est dans son phare pour encore quelques jours. Alors il écrit. Il raconte son coup de foudre pour Adèle, sa belle rencontrée dans le Trégor, les premiers postes de gardien de phare puis l’arrivée à Gorlébella, dans la baie des trépassés, pour sa première mutation en mer. Un bel avancement pour un employé qui n’avait que 5 ans d’ancienneté en même temps qu’un cadeau empoisonné. Car cela signifiait alterner 15 jours à terre, avec sa bien-aimée, puis un mois dans le phare à s’occuper du "feu" loin d’Adèle. Une séparation régulière que Goulven ne tarda pas à ne plus supporter. Et qui eût, bien sûr, des répercussions sur sa vie de couple. Jusqu’à ce qu’Adèle lui demande d’appuyer la candidature d’Hervé Le Louarn, un ami de son cousin, pour venir remplacer l’un de ses hommes. L’arrivée du jeune homme, avec sa joie de vivre, sa bonne humeur et son entrain, mit tout d’abord du baume au cœur de Goulven en même temps qu’elle lui offrait un ami. Un bonheur retrouvé qui devait cependant être de courte durée. En effet, lors de l’un de ses retours au phare, Thumette Chevanton, l’épouse de l’un de ses équipiers, vint trouver Goulven pour lui raconter qu’en son absence Adèle et Hervé filaient le parfait amour…
Second et dernier volet de cette adaptation du roman d’Antoine Le Braz qui voit Goulven poursuivre le témoignage commencé à son ingénieur. Le récit conserve ce même canevas classique, alternant de nouveau scènes ancrées dans le présent qui voient Goulven tenter, tant bien que mal, d’aller au bout de son histoire, et flash backs éclairant de plus en plus précisément comment cet homme en est venu à commettre une telle atrocité.
Au-delà du caractère poignant lié à l’aspect tragique du récit, c’est bel et bien l’acuité et la finesse du portrait psychologique de Goulven que brosse ici François Debois qui saisit et impressionne. Le lecteur est en effet le témoin privilégié des différentes évolutions psychiques de l’anti héros qui le rapprochent progressivement de son geste fatal. Un lecteur qui assiste impuissant à cette tragédie que le contexte -la beauté d’Adèle, le manque de confiance en soi et la difficulté pour Goulven d’exprimer ses sentiments, l’isolement et la promiscuité du phare et de la caserne, le charme de Le Louarn étaient un terreau propice à la jalousie, au désir et à la trahison- rendait finalement inéluctable.
Une belle adaptation de cette chronique d’une tragédie annoncée, parfois bavarde pour donner à entendre la langue de Le Braz, justement mise en images par le dessin réaliste de Sandro.
[sullivan]